Décès du photographe John Max

Portrait de John Max par le photographe Richard Wilson.<br />
Photo: Richard Wilson Portrait de John Max par le photographe Richard Wilson.

Il était un des artistes les plus importants de l'histoire de la photographie au Canada. Né en 1936 d'immigrants ukrainiens, John Max est décédé à Montréal ce jeudi, entouré de quelques proches.

Son regard unique et sa capacité à rendre compte de son intériorité à travers ses sujets en avaient fait une étoile filante de la photographie dans les années 1960 et 1970. «C'était un photographe subjectif, explique Gabor Szilasi. Il ne souhaitait pas trouver le caractère et l'esprit de ses sujets, mais il les utilisait comme moyens de sa propre expression. Dans ce genre de photo, je crois qu'il était peut-être le meilleur au Canada.»

La carrière de John Max culmine avec la présentation en 1972 d'une importante exposition de son oeuvre intitulée Open Passport. Le livre de cette exposition constitue un des sommets du genre au pays, estiment plusieurs spécialistes. Ses photographies refusent l'esthétisation facile et l'artifice. Elles se révèlent souvent déconcertantes.

Au fil du temps, John Max s'emmure en lui-même, dans un mysticisme d'inspiration zen qu'encourage un long voyage au Japon au milieu des années 1970. Il expose ensuite à l'occasion et continue de fréquenter les cercles restreints d'artistes en art visuel, mais se place résolument en retrait du monde actif.

«John Max fut, je crois, mon premier ami au Canada, explique le photographe Guy Borremans. Nous nous sommes connus en 1956, alors qu'il jouait de la musique dans une fanfare. Il était pauvre. Il a commencé à faire de la photographie de rue, puis a vite développé quelque chose de plus profond. Mais il était plein de contradictions. Il remplissait des sacs de poubelle complets de rouleaux de film qu'il ne développait jamais... Lorsqu'il est parti vivre au Japon, il s'est arrêté me voir à San Francisco. Pour tout bagage, il n'avait que deux sacs de riz brun, un presto et son appareil photo... Il pouvait vivre de façon très ascétique, avec un côté très paysan, rude à la tâche.» Chez John Max, les pellicules jamais développées s'accumulent à travers le fatras de vieux papiers, de livres, de tirages et d'objets du quotidien étouffés par une poussière épaisse.

Joint à Londres, son ami photographe Richard Wilson estime qu'il existe un moment d'union entre la photographie et son sujet, «un moment qui devient à un certain point spirituel. Je crois que John habitait à ce point ce royaume que son appareil photo, son agrandisseur et sa chambre noire devenaient accessoires. Trouver refuge dans ce moment magique lui permettait de restreindre les tensions et le sentiment d'obligation de montrer son travail». Tout s'est donc concentré chez lui dans cet espace magique, espace qu'il était devenu «incapable de partager avec les autres».

Le photographe et cinéaste Michel Lamothe venait tout juste de consacrer à cet artiste hors norme un documentaire fascinant intitulé John Max, a Portrait.