Le festival Elektra, porté par des installations très physiques

En cours depuis mercredi, le festival d'arts numériques Elektra, le 12e, mine de rien, a encore une fois lâché son fou sous la forme des images et des sons les plus imaginatifs. Performances de robots ou de femmes machines, spectacles déroutants, sous la brume, ainsi qu'expositions immersives ou interactives composent le menu, offert en quatre jours — jusqu'à demain, dans la plupart des cas. Impossible de rendre compte de tout. Tenons-nous au volet expositions, qui a pris du poids avec les années.

Elektra 12 présente dix installations, dont seulement deux à l'Usine C, son quartier général. C'est dire la multiplication des partenaires, un signe que la culture numérique s'est bel et bien immiscée partout. Dix installations donc, pour sept adresses, de la Fonderie Darling, dans le Vieux-Montréal, au Eastern Bloc, centre d'artistes établi près du marché Jean-Talon.

C'est la Fonderie Darling (745, rue Ottawa) qui accueille le bijou. Étonnamment, l'oeuvre Cicloïd-E, du collectif suisse Cod-Act, est la moins immersive et interactive. On la contemple, sagement, à distance: cinq longs bras métalliques s'agitent et se déploient de manière imprévisible.

Présentée en Europe et à Québec lors du dernier Mois Multi 11, Cicloïd-E trouve à la Fonderie une résonance toute naturelle. Les sons qui émanent de ses mouvements habitent les lieux, vastes pourtant. La chorégraphie polyphonique qui en résulte est fascinante.

Le thème de cet Elektra est celui de la «visualisation du son», chose peu surprenante tellement la dimension sonore a pris place dans les arts visuels. Cicloïd-E le rend bien néanmoins. D'autres projets aussi, tel que Titan de Jean-Pierre Aubé ou Sessile de Steve Daniels, deux oeuvres à milles lieues l'une de l'autre réunies à Eastern Bloc (7240, rue Clark). La première est un voyage galactique déroutant, l'autre une murale où s'agitent des modules électroniques.

L'Atomisation du temps de François Quévillon, série d'images présentée à Occurrence (5277, avenue du Parc), traduit en pixels non seulement l'écoulement des heures, voire des mois, mais aussi les sons ambiants. Laissées actives pendant de très longs moments, ses caméras enregistrent tout, y compris le «bruit, source d'information». Un écran sur la vitrine de la galerie montre en temps réel l'agitation de l'avenue du Parc.

À la galerie B-312 (372, rue Sainte-Catherine Ouest), l'animation par ordinateur Rehearsal de Yam Lau montre un complexe univers architectural, où les lignes vont de pair avec la pluie battante évoquée par la bande-son. On est vite submergé par cette ambiance qualifiée de «narration inexpressive». Fait à noter, les expos à B-312 et à Occurrence se poursuivent au-delà d'Elektra pendant plusieurs semaines.

Terminons avec l'oeuvre de Chris Salter, Just Noticeable Difference, un environnement sonore à vivre une personne à la fois à l'Usine C (1345, avenue Lalonde). Avec le contexte extrême qu'il impose — on est couché, dans le noir total, comme dans un cercueil —, on s'attend à de fortes émotions. Elles finissent par arriver, entre autres à travers un exténuant martèlement de coups, mais l'ensemble laisse sur sa faim. Il faut dire que le brouhaha des environs n'aide pas à apprécier les subtilités des sons, certains très fins, d'autres éphémères.

Un fil traverse ces installations, celui d'imposer des espaces, tant réels qu'imaginaires, vastes ou oppressants. Le visiteur les subit, tant visuellement que physiquement. Le son a cette capacité de jouer sur plusieurs niveaux.

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Collaborateur du Devoir