Ceci est mon sein

La poitrine est représentée par des fruits dans les œuvres accrochées au mur. <br />
Photo: Photo Musée de la femme La poitrine est représentée par des fruits dans les œuvres accrochées au mur.

Lorsque l'équipe du Musée de la femme, à Longueuil, a commencé à œuvrer sur Le sein honoré, une exposition glorifiant l'attribut féminin, elle a eu toute une surprise: les femmes ne touchent plus leur poitrine; ne la regardent plus. Les femmes ont peur de leurs seins.

«Personnellement, j'ai découvert mes seins en travaillant sur cette exposition!», confie Lydie-Olga Ntap, directrice du premier Musée de la femme au Canada. Avant, elle n'aimait pas ses seins. Maintenant? «Ah! depuis, je me dis: sacrés seins! Ils ont nourri mes enfants, ils sont là, ils sont beaux, allons! Je les assume!» La religion, l'éducation, les messages sur le cancer ont tous creusé cette distance par rapport au buste.

Une fillette de quatre ans à qui l'on a présenté l'image d'une Barbie dénudée n'a pu retenir un «Ark! C'est dégueu!», témoigne la directrice. Au Cameroun, les mères aplatissent même les seins de leurs filles dès que ceux-ci se mettent à pointer, afin de cacher aux hommes cette puberté qu'ils ne devraient pas voir et de protéger ainsi les pucelles contre le viol. Pour le démystifier, le musée montre donc le sein dans tous ses états.

Pour y arriver, Le sein honoré s'inspire du fruit défendu, et quoi de plus juteux qu'un duo d'oranges, de prunes et de melons pour l'illustrer? L'artiste Frencine, collaboratrice régulière du musée, a abordé le sein de façon gourmande. L'amuse-gueule bourgeonne, devient raplapla ou érotique. Tantôt, il vainc la maladie. Même des couvercles de casseroles parviennent à illustrer la glande nourricière.

Pour une rare fois, la femme aura une vision positive du sein post-cancer, à travers le témoignage de la battante Catherine Malhouitre, qui a survécu à deux cancers. La femme a créé les soutiens-gorge à armature unique pour celles qui, comme elle, ont peut-être perdu un sein au combat, mais pas leur féminité.

Ce voyage à travers l'intimité est aussi nourri par les confidences de centaines de femmes âgées de 12 à 103 ans, qui témoignent de leur relation avec leurs seins. L'aïeule raconte avoir fait patienter l'élu de son coeur jusqu'à la nuit de noces avant d'accepter de dévoiler sa poitrine à son prince, et qu'il puisse enfin toucher au fruit défendu. Il en a profité 66 ans durant.

«Pendant la recherche, les hommes ont beaucoup parlé de cet aspect érotique du sein. Quand une femme déboutonne le quatrième bouton de son chemisier, ça les affole!», dit Mme Ntap en rappelant que les femmes sont quant à elles complètement déconnectées de cette partie de leur corps. La directrice souhaite que, comme elle, les femmes observent ces seins qu'elles ne voient plus, qu'elles les touchent, les aiment, les apprivoisent.

Le musée se donne jusqu'au 21 avril pour réconcilier les femmes avec cette part de leur féminité.