Des idées de grandeur

Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

Deux ans après son idéation, la dernière exposition du centre d'expression et d'art thérapeutique Les Impatients s'installe à même l'église du Gesù, à Montréal. Une certaine idée de Dieu a représenté un pari de taille pour les artistes de l'organisme.

Le plus grand défi des Impatients n'a pas été de farfouiller les tréfonds de leur âme afin de trouver leur idée de Dieu. Lorsque l'animateur Pierre Bellemare leur a donné les dimensions de la surface de travail de chacun — une toile de 9 pieds sur 12 —, ils ont flippé. C'était la première fois qu'ils peignaient sur un aussi grand canevas, mais ils ont surtout vite réalisé que le local n'était jamais assez spacieux pour travailler ces immenses toiles.

«C'était vraiment un projet de fou, cette expo-là», avoue Pierre Bellemare, peintre-sculpteur qui anime des ateliers d'expression artistique chez Les Impatients depuis 18 ans. Une folie, parce que le défi était de visualiser l'oeuvre avant de plonger. «Pour t'aventurer dans un projet comme ça, tu dois connaître ton monde, sinon tu vas te péter la gueule.»

Faute d'espace dans la salle, les Impatients de l'atelier de M. Bellemare ont dessiné sur papier leur ébauche avant de la reproduire sur la toile par technique de pliage. L'improvisation n'était pas une option, sauf pour Jean-Claude Dubois, un Impatient très impatient, guidé par son instinct.

L'artiste est le seul membre du groupe à ne pas avoir présenté d'ébauche à M. Bellemare avant de coucher la gouache sur le tissu. «Quand il a déplié sa toile, j'en revenais pas.» Il a mis quatre semaines à accoucher de son idée de Dieu, qui souligne une force divine et puissante davantage qu'un visage.

Quand on observe les oeuvres exposées, on constate que c'est une idée de Dieu très documentée qui est sortie de l'imagination des participants du groupe, comme en témoigne la création de Diane Maheux. Minutieuse, l'artiste, qui a mis deux ans avant de déployer l'oeuvre finale, s'est assurée que les fleurs au pied de son Saint-George poussaient au IVe siècle et que son système solaire était au cratère près identique aux illustrations dénichées sur Internet.

L'idée de Dieu des Impatients, c'est Adam et Ève, les quatre éléments ou encore les symboles des principales religions. «Si j'avais voulu fouiller intérieurement le rapport entre Dieu et la maladie mentale, le défi aurait été trop dangereux», explique le moniteur, dont les membres du groupe souffrent de diverses maladies mentales. Le but des ateliers d'expression artistique est de faire du bien aux participants qui joignent volontairement les groupes d'art, et non pas de faire jaillir les blessures enfouies.

Jamais on ne verra l'une de leur exposition portant sur les thèmes incubateurs de souffrances comme celui du père et de la mère. «Je suis un artiste, pas un psychologue, alors je n'ai pas la capacité d'aller explorer des territoires aussi fragiles et sensibles avec eux.»

Les ateliers des Impatients sont une sorte de lieu de rencontre pour des gens qui partagent les mêmes valeurs et un intérêt marqué pour l'art. Un endroit, du même coup, où ils peuvent retrouver confiance en leur pouvoir de création. À savoir si ce qui émane des oeuvres des Impatients est différent de ce que ferait n'importe quel autre artiste en herbe dans le même atelier, Pierre Bellemare relativise. «Chaque artiste, qu'il soit Impatient ou pas, travaille avec sa douleur, avec ses joies. C'est certain qu'il y aurait quelque chose de différent dans les créations des Impatients s'ils n'étaient pas comme ça...Peut-être qu'ils ne dessineraient pas.»

Tout simplement.

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Une certaine idée de Dieu, jusqu'au 25 mars à l'église du Gesù (accès libre), 1200, rue de Bleury (angle Sainte-Catherine, métro Place-des-Arts), Montréal, www.impatients.cawww.legesu.com.