Les portes de l'Europe s'ouvrent pour Pascal Grandmaison

Pascal Grandmaison, Fake Imagery of a World Upside Down, 2009, photographie impression jet d’encre couleur<br />
Photo: Courtoisie Galerie René Blouin Pascal Grandmaison, Fake Imagery of a World Upside Down, 2009, photographie impression jet d’encre couleur
L'exposition Half of the Darkness ouvrira fin janvier. Pas une mince affaire. Tout le Casino, ses douze salles, ses deux étages et même sa cage d'escalier, sera occupé par une vingtaine d'oeuvres (plusieurs en série). Tant des pièces anciennes que des inédites.

Ce premier solo en Europe pour Grandmaison soulignera l'évolution de son approche, très lumineuse d'abord, plus sombre aujourd'hui, animée par les images en négatif. La série photo Verre (2004) contraste avec I Lost you in the Desert, des pierres noires encore jamais montrées.

«Je vois ça comme l'occasion d'ouvrir un peu hors Québec», dit l'artiste, en toute modestie. L'impression d'avoir fait le tour de son jardin (musées, galeries, centres d'artistes, espace public...) lui pèse. Grandmaison, qui reçoit aussi, déjà, le support d'une galerie torontoise (Jessica Bradley Art + Project) et d'une new-yorkaise (Jack Shainman), assure cependant ne pas vouloir s'expatrier pour des questions d'argent.

«Mon but n'est pas de vendre. Je cherche d'autres perspectives. J'aime jouer avec l'espace d'une expo. Chacune est différente. C'est comme faire un film, on crée des séquences narratives.»

Une carte de visite

La publication, elle, ne sera pas un simple catalogue d'expo. Il s'agira d'une monographie, sorte de bilan de cette carrière encore jeune. Le bouquin, financé en bonne partie par Shainman, dépassera les 300 pages.

«C'est comme un catalogue raisonné», commente sans se vanter Pascal Grandmaison, qui compte s'en servir comme d'une carte de visite. L'Europe, le monde sont à sa portée.

Une telle vitrine, c'est du jamais vu pour un artiste québécois. Geneviève Cadieux, par exemple, a exposé en 1995 au Tate Modern de Londres, mais il s'agissait davantage d'une oeuvre que d'un survol rétrospectif. D'autres plus jeunes, comme Michel de Broin et David Altmejd, ont aussi eu droit à des solos, mais jamais de cette ampleur.

La présence européenne des Québécois s'accompagne sinon de l'étiquette nationale, entre les efforts du Centre culturel canadien de Paris ou les expos à caractère régionaliste (la Québec Gold de 2008 à Reims). Que l'initiative vienne d'outre-Atlantique, c'est plutôt insolite.

«L'accent n'est pas sur le Québec, mais sur Pascal Grandmaison, assure Kevin Muhlen, directeur du Casino Luxembourg et commissaire de Half of the Darkness. Avec Pascal, il y a un lien historique.»

L'histoire débute avec Raconte-moi (2006), expo montée par Marie Fraser pour le Musée national des beaux-arts du Québec et le Casino. Grandmaison en faisait partie et Muhlen, alors coordonnateur des expos, avait apprécié son travail vidéo. Depuis, il l'a suivi «via son site, ses courriels, ses catalogues». L'a revu à Reims, puis à Montréal, lors du congrès de l'IKT.

C'est la finesse de Grandmaison qui l'a séduit. «Sa manière d'exposer beaucoup en montrant peu. Il est précis, méticuleux. On ne sent pas sa main, dit-il, intarissable, au bout du fil. Au-delà de la surface, on retrouve des liens avec la philosophie et l'histoire de l'art. C'est un travail qui se comprend dans la durée.»

Le Casino Luxembourg, autrefois Casino Bourgeois, est un lieu prestigieux. Bâti vers 1880, à la façade ornée selon le baroque méditerranéen, il n'a pas seulement servi au jeu. Liszt y a donné son dernier récital en 1886 et Churchill s'y est arrêté en 1946. Sa conversion en centre d'art, entreprise par l'État, date de 1995.

Les contacts avec le Québec remontent à 2001, alors que Marie-Josée Jean, directrice du centre Vox, cogne à la porte. L'expo Confidences, qui rapprochait nos Sylvie Laliberté aux Pipilotti Rist d'Europe, sera suivie de Raconte-moi, puis du passage de BGL, Aude Moreau et Patrick Bérubé.

***

Collaborateur du Devoir