De Johannesburg à Montréal - Soixante-quatre oeuvres de l'École de Paris appartiennent légalement au MBAM et au MACM

La Cour supérieure ordonne le retour à Montréal de 64 œuvres d'une importante collection maintenue en Afrique du Sud. Si elle est appliquée, la décision rendue avant-hier profitera à deux musées désignés comme héritiers par le collectionneur, soit le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et le Musée d'art contemporain de Montréal (MACM).

La collection comprend des toiles (et quelques oeuvres sur papier) des années 1950 et 1960 rattachées à l'École de Paris. On y retrouve notamment un Martin Barré évalué à 160 000 $ et un Olle Baertling de 64 000 $. L'ensemble vaudrait 1,9 million.

Le docteur montréalais Paul Larivière (1902-1984), passionné par l'art contemporain, «avait su monter une rare collection privée», note la Cour. À son apogée, celle-ci comprenait des oeuvres de Sam Francis, de Luis Feito et de Zao Wou-Ki. Une exposition lui a été consacrée en 1962 au MBAM, une autre au Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ) en 2006.

«Il y aura des délais, mais le jugement a des chances d'être appliqué», explique Mathieu Bouchard, du cabinet Irving Mitchell Kalichman, qui a défendu la cause au nom du Trust Royal. «L'Afrique du Sud a un peu le même système que nous et un jugement semblable là-bas serait reconnu ici.»

Le Trust Royal agit comme liquidateur de la succession de la veuve du collectionneur, Lucille Gardiner Larivière, seule héritière de son mari, décédée en 1999 après avoir été placée sous tutelle. Auparavant, elle avait laissé ses biens à sa nièce Joanne Eke et à d'autres membres de sa famille, à l'exception d'une bonne part de la collection à partager entre le Musée du Québec devenu le MNBAQ, le MBAM et le MACM. Le premier établissement n'est pas concerné par le jugement puisque la partie lui revenant, une trentaine d'oeuvres, y était déjà en dépôt au moment du décès de Mme Larivière.

Les toiles ont longtemps été avec la nièce et son mari Holger Eckoldt, qui les ont transportées à Toronto, puis en Allemagne, et finalement en Afrique du Sud. Le couple s'est séparé en 1999 et M. Eckoldt affirme avoir obtenu de son ex-épouse les toiles qu'elle-même aurait reçues par donation de sa tante.

La décision de la juge Catherine Mandeville décortique les prétentions des parties dans cette histoire où abondent pirouettes et rebondissements. Il lui a fallu par exemple comprendre si M. Eckoldt était devenu propriétaire du lot dans le cadre de son divorce. Au bout de l'examen, la juge déclare la succession de feue Lucille Gardiner Larivière «seule et unique propriétaire des oeuvres».

Le jugement précise que, si M. Eckoldt ne remet pas les toiles, il doit verser l'équivalent de leur valeur nominale à leur propriétaire. «On pourrait aller jusqu'à la saisie des biens, y compris de la collection, ajoute M. Bouchard. On pense que les oeuvres sont dans une compagnie de transport de Johannesburg. Évidemment, il y a aussi la possibilité d'en appeler du jugement...»