Livres d'art - Éloge du Street Art

Concentré de contre-culture vivante, d'œuvres anonymes qui maculent la platitude des villes, TRESPASS (Taschen) fait figure de petit manuel de l'art urbain illicite.

Des premiers graffiteurs et tagueurs du métro de New York aux Keith Harring et Jean-Michel Basquiat de ce monde, il n'y a parfois qu'un pas. Mais pour Marc et Sara Schiller, coauteurs de TRESPASS et blogueurs du site Wooster Collective, le vrai art de la rue reste celui qui dérange et remet en question sur la voie publique, en marge des marchés de l'art. Pas de surprise, donc, si ces dépisteurs se livrent à un véritable plaidoyer, prônant le droit à la pleine liberté d'expression pour ceux qui portent encore le chapeau de vandales.

À voir le génie des empêcheurs de tourner en rond qui détournent l'objet urbain de son sens et manipulent les perceptions, on tend à leur donner raison. Le pur jus du Street Art, irruption artistique locale, est rassemblé dans ce TRESPASS, de New York à Paris en passant par Tokyo ou Buenos Aires.

Des murales géantes de BLU au Brésil aux renversantes photos placardées sur les murs de favelas par JR, l'art interventionniste prend mille visages. Technologie aidant, cet art spontané, par nature éphémère, fait aujourd'hui boule de neige sur la Toile et s'attire un public illimité.

Fusées projetées sur les cheminées d'usines désaffectées, pochoirs qui parsèment la ville fantôme de Pripyat, voisine de Tchernobyl, l'art de la rue envahit souvent les lieux mal aimés, mais aussi ceux de la honte. Mur de Berlin, mur de la séparation entre Israël et la Palestine... l'art de la rue crie. Même anonyme, le message clandestin, griffonné sur la place publique, porte parfois plus loin que tous les discours. Comme le fameux «Sous les pavés, la plage» de Mai 68, devenu le symbole de toute une génération. Outre l'art qui cho-que, TRESPASS traite aussi de l'art mutin, qui fait pétiller la ville, comme celui des jardiniers clandestins de Londres ou celui du Billboard Liberation Front de la Californie, qui travestit avec dérision les panneaux de pub. N'échappe pas à ce survol mondial notre Roadsworth national, fidèle usurpateur du macadam local. Profondément urbain.