Un marché de Noël Punkt

L’artiste fondatrice de l’Atelier Punkt, Melinda Pap, avec une de ses œuvres: un petit chapeau en ruban rouge plié, accompagné d’un cache-cou de la série -45C du studio Rita.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’artiste fondatrice de l’Atelier Punkt, Melinda Pap, avec une de ses œuvres: un petit chapeau en ruban rouge plié, accompagné d’un cache-cou de la série -45C du studio Rita.

La galerie Atelier Punkt fait son marché de Noël. Voilà un moyen de récolter des fonds pour faire vivre le lieu et permettre aux artistes de poursuivre leur démarche de création.

Il faut plus qu'un hasard pour arriver à l'Atelier Punkt. Il faut même le chercher un peu. Contourner un énorme bâtiment industriel. Passer par une petite porte et enfiler des couloirs sinueux. Le meilleur moyen de ne pas se perdre est de suivre les pastilles bleues disséminées tout au long du trajet et qui indiquent «Atelier Punkt».

En franchissant la porte, le contraste est frappant: une pièce claire et épurée. Des objets de toutes sortes y sont éparpillés. Des lampes dégoulinantes de peinture (sèche), une chaise miroir, des bracelets en feutre, des cordes à sauter, des photographies et des collages sont présentés en toute simplicité. Bienvenue à la Boutique Punkt.

Chaque année depuis son ouverture en avril 2008, la galerie organise une expovente d'objets de designers, majoritairement de Montréal mais aussi d'ailleurs. «C'est un moyen de récolter des fonds pour leur permettre de poursuivre leur production», explique Melinda Pap, artiste et fondatrice de l'Atelier Punkt.

Cela permet aussi de soutenir la galerie, qui fonctionne en parfaite autonomie grâce aux efforts de sa fondatrice et des bénévoles. «Nous n'avons aucune aide financière. Je prends tout à ma charge, car je veux encourager un contact qui n'existe pas entre les artistes. À Montréal, Punkt est le seul endroit du genre», assure l'artiste, qui ne comprend pas qu'une ville comme Montréal ne soutienne pas davantage cette discipline.

Proposant des expositions qui mélangent plusieurs formes de design avec l'architecture, l'urbanisme, les arts visuels et d'autres domaines, l'endroit est en effet atypique par rapport aux autres galeries et lieux de création. Il est même inclassable, ce qui l'empêche de bénéficier de subventions étatiques.

La force de l'endroit

Pour l'artiste-commissaire Emmanuel Galland, c'est un défaut qui fait aussi la force de l'endroit. «Cela permet d'organiser des événements décalés et non conventionnels. C'est un grand espace de liberté sans être un fourre-tout», reconnaît l'homme, qui a monté deux expositions à Punkt, dont l'une, Peut mieux faire, cahiers d'exercices, a permis de réunir une trentaine d'artistes autour d'un même projet. «Ce sont des projets complexes qui peuvent être difficiles à faire ailleurs», dit-il.

Alors, pour faire vivre cet espace peu ordinaire et ne pas attendre les autres, Melinda Pap a retroussé ses manches et s'est mise à l'action. Pas mal de débrouillardise, de la récupération (du matériel trouvé dans les poubelles du quartier) et beaucoup de temps ont permis d'arriver au résultat impressionnant de 31 expositions en 32 mois, en plus d'ateliers et de concours.

En tout, plus de 300 artistes ont été diffusés dans ce lieu qui a été reconnu comme l'une des rares galeries vraiment avant-gardistes de la ville par le New York Times. «Chaque événement est multidisciplinaire et d'un très bon niveau», explique la conceptrice d'origine hongroise. Une origine qui lui a d'ailleurs préservé l'amour de la culture et des arts, qu'elle veut transmettre par des ateliers gratuits pour enfants défavorisés dès janvier 2011.

Elle en garde aussi la rigueur pour le travail, qui se reflète dans le choix des oeuvres présentes dans la galerie. «Je suis très exigeante et je n'expose que des pièces de qualité», prévient Madame Pap, qui n'a pas la langue dans sa poche.

Pour le choix de cette année, 42 artistes ont été sélectionnés: les objets du studio montréalais Rita, dont les miroirs en forme de coupes de cheveux et les napperons de restaurant, les chandails Feed, les photographies de Karine Cossette, les collages d'Annie Descôteaux, les lampes d'Olivier Blouin et d'autres de la collection Tie-Wrapped de Bipède, les chaises d'Étienne Hotte et beaucoup d'autres.

Cette année, l'Atelier présente également des pièces de deux artistes étrangers, dont les amusants muttering hats de la New-Yorkaise Kate Hartmann et la très belle lampe-horloge du Londonien Umut Yamac. «Il y en a pour tous les goûts et dans une large gamme de prix», souligne la galeriste, qui redonne 70 % du prix de vente aux artistes. Et ce n'est pas parce que c'est du design que c'est forcément cher, puisque les prix vont de 8 $ jusqu'à plus de 1000 $.

Malgré cette diversité, Melinda Pap constate que le public ne répond pas à l'appel. «Les autres années, nous étions présents à Souk@Sat et cela marchait bien. Depuis l'ouverture de la boutique, nous avons seulement une ou deux personnes par jour. C'est très peu», convient-elle en constatant que les touristes européens et américains sont plus réceptifs. Il reste toutefois quelques jours pour les retardataires et les amoureux d'objets originaux, car la boutique est ouverte jusqu'au 23 décembre.

***

Atelier Punkt, 5333, av. Casgrain, local 205 A, Montréal. 514 458-7960 www.atelierpunkt.com. Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 17h. La fin de semaine, passer par l'entrée du 5334, rue de Gaspé et suivre les pastilles bleues.