Expositions - Rouge de maturité

Vue générale de l’exposition Rouges, de Françoise Sullivan<br />
Photo: Andréanne Roy Vue générale de l’exposition Rouges, de Françoise Sullivan

La grande aire d'exposition de la galerie Simon Blais baigne dans le rouge. Un rouge lumineux et éclatant qui émane des peintures récentes de Françoise Sullivan — toutes de 2010, sauf erreur, et réalisées en trois mois. Même le banc en bois au milieu de la salle donne l'impression d'en être imprégné. À 85 ans, l'artiste ne fait pas qu'éblouir par sa vivacité. Ce corpus, d'une vingtaine de tableaux, grands formats (les «Rouges») et petits (des «Séries»), est d'une belle cohérence, et non pas seulement à cause de la thématique chromatique.

L'artiste vogue sur le même élan qui l'anime depuis quelques années. Une peinture monochrome, aux couleurs très vives et appliquées sous la répétition d'un geste, à la manière d'un Mark Rothko, qui a éclos tardivement. C'est par la danse qu'elle est arrivée, c'est par la sculpture qu'elle s'est assuré une visibilité, c'est par la peinture qu'elle atteint une nouvelle maturité.

Une judicieuse exploration

Sullivan pratique la peinture depuis un certain temps, depuis les années 1980 et ses «tondi», qui ont acquis une certaine renommée, ou même avant si on pense aux tableaux figuratifs précédant la révolution automatiste à laquelle elle a participé dans les années 1940. Mais le penchant pour une facture plus, disons, réduite ou retenue, est apparue par petits coups. Il a vraiment pris de l'ampleur avec la série Hommages (2003), dévoilée lors de la rétrospective que lui a consacrée le Musée des beaux-arts.

Entre une peinture gestuelle et la géométrie minimaliste, les huiles de Françoise Sullivan peuvent donner l'impression de ne ressasser que de vieux discours. Il en allait ainsi de sa première expo chez Simon Blais, en 2007. Cette fois, aidé sans doute du liant rouge, l'ensemble exposé se révèle comme une judicieuse exploration autant de la couleur et de la lumière qui en émane que des richesses et limites de la peinture.

Le motif du triangle, ou d'une figure géométrique qui se poursuit hors champ, ainsi que ses toujours troublantes compositions qui confondent fond et forme, sont un signe récurrent dans cette variation sur le même thème. Autant que toutes ces nuances de rouge: amarante, brique, carmin, cerise, magenta, écarlate, vermillon, grenat... Nommez-les, elles ont toutes été vues et recensées, y compris l'azoïque et l'oxyde de fer, par Ève Dorais, qui signe le texte du fascicule publié pour l'occasion.

C'est non sans raison que le titre de l'expo porte le «s». Sullivan pointe aussi la simple question de la dénomination d'une couleur. Là où elle voit du rouge, des rouges, d'au-tres verront de l'orangé, du rose, du jaune même...

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Collaborateur du Devoir