Tissus urbains

Le projet Le Tableau des départs de Daniel Canty loge dans l'ancienne gare Jean-Talon.<br />
Photo: Ville de Montréal Le projet Le Tableau des départs de Daniel Canty loge dans l'ancienne gare Jean-Talon.

Un projet de médiation culturelle vient de déterrer, en toute discrétion malgré ses dimensions, l'ancienne gare Jean-Talon. En projections nocturnes et en docufiction seulement, mais quand même. Le bâtiment érigé en 1931 se situe encore dans un environnement de déplacements (à ses côtés, la gare Parc du train Montréal-Saint-Jérôme; sous lui, la station de métro Parc). Cependant, sa belle façade, dotée encore de son «Canadian Pacific», ne cache rien d'autre que des commerces sans lien avec la vie ferroviaire (une succursale SAQ hier, une boutique de vêtements aujourd'hui).

Avec Le Tableau des départs de Daniel Canty, écrivain et cinéaste, la vétuste gare invite à nouveau à voyager. Trois de ses grandes fenêtres du niveau supérieur, face vers le sud, servent d'écran. Sur celle du milieu défilent les images prises, on suppose, à l'intérieur de la gare, dans des espaces dépouillés (?) de ses attributs commerciaux et contemporains.

Précisons que la version Web est agrémentée d'une bande-son et que les quelques textes qui parsèment l'oeuvre sont plus faciles à lire là. Néanmoins, la dimension cinéma muet de la diffusion en plein air possède ses propres qualités. Ces images intégrées à l'architecture ont de quoi séduire. Bref, si le fil narratif est par moments difficile à suivre, on comprend assez bien le propos.

Il est question de migrations, de lieux quittés, d'objets-souvenirs de cet ailleurs d'hier. En toute logique, le personnage central a la carrure d'un chef de gare. Par lui transigent les voyageurs, qui viennent de lieux bien définis et s'en vont dans un territoire méconnu, confus et complexe. Un lieu apprécié et rassurant, nommé Pacifica, dont le logo, simple et sobre, semble avoir été inspiré par les néons au plafond d'une gare. Un élément universel et polyglotte.

Réalisé avec la participation d'adultes inscrits à des cours de francisation, Le Tableau des départs a des airs de projet in situ. Ici, dans ce quartier connu pour être un des principaux à accueillir les nouveaux arrivants, les thèmes abordés prennent tout leur sens. Parc-Extension et sa fausse gare, malgré son emplacement dans un no man's land (le croisement de la rue Jean-Talon et de l'avenue du Parc ne semble avoir été pensé que pour la circulation automobile), peuvent dès lors insuffler un sentiment d'appartenance. Le tout à travers la langue et l'art.

Expérience auditive autant que visuelle

On le disait, Le Tableau des départs découle d'un programme de médiation culturelle. Un nouveau programme de la Ville de Montréal, Cartographies variables, mis à l'essai avec cette oeuvre de Canty et avec un autre projet, Béta-cité, réalisé par le collectif Audiotopie en collaboration avec l'agence multimédia TOPO. Derrière ces «cartographies», il y a l'idée (le rêve, le besoin?) de s'approprier, de mille façons, les territoires. Une manière de rendre aux citadins le contrôle — ou l'apparence de contrôle — et d'initier à la création artistique. Sans le ton mielleux habituel à ce genre de projets.

Béta-cité, à l'instar des propositions antérieures d'Audiotopie, consiste en un audioguide urbain construit sur le principe de la mobilité et de l'individualisation d'un quartier, sur une expérience auditive autant que visuelle, sinon plus, de la ville.

Le collectif semble avoir abandonné le discours social — la réalité des femmes handicapées, au coeur de la balade autour de l'UQAM, par exemple. Avec Béta-cité, l'enrobage sonore, une musique bruitiste riche en sons métalliques, très électro-urbains, semble avoir pris de l'importance. On n'a pas pu expérimenter la chose sur place — il faut créer son parcours sur le Net avant de se lancer à l'aventure —, mais elle donne l'impression de favoriser la rêverie, l'errance, la simple liberté de marcher et de sortir, littéralement, des sentiers battus.

La médiation a permis ici la participation de deux groupes d'écoliers des quartiers visités, NDG et Saint-Laurent (anciennement Ville Saint-Laurent). Ceux-ci ont été initiés à la création et aux techniques de captation sonore et de composition audionumérique, entre autres. Il faudra voir désormais, si ce plan de Cartographies variables est reconduit, à ce qu'il demeure ainsi ouvert aux propositions créatrices. À ce qu'il permette, comme c'est le cas ici, de véritables réflexions sur nos réalités urbaines.

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Collaborateur du Devoir

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Le tableau des départs
Daniel Canty
Gare Jean-Talon, 375, rue Jean-Talon Ouest
Jusqu'au 5 décembre
(www.letabelaudesdeparts.com)


Béta-cité
Audiotopie en collaboration avec l'Agence TOPO, parcours audioguidé des arrondissements de Saint-Laurent et de Notre-Dame-de-Grâce (www.beta-cite.com)
1 commentaire
  • jplamondon@gmail.com - Abonné 27 novembre 2010 12 h 44

    URL incorrect

    S.v.p. testez vos url avant la mise en ligne. Erreur typo : (www.letabelaudesdeparts.com).
    Merci
    Josée