Art public - Les artistes inquiets des manquements à la loi sur le 1 %

Les artistes en arts visuels s'inquiètent des ratés que connaît l'intégration de l'art public à Montréal et réclament un resserrement de la politique, alors que les chantiers majeurs se multiplient dans la métropole.

«Il y a actuellement de très gros investissements publics dans la métropole pour lesquels la politique du 1 % nous semble bien mal appliquée», a déploré hier Christian Bédard, porte-parole du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV).

Le RAAV réagissait à l'article du Devoir qui révélait hier les ratés et retards que connaît l'érection d'oeuvres d'art public au coeur du tout nouveau Quartier des spectacles.

Un concours tarde toujours à être lancé pour orner d'une oeuvre monumentale le coeur de la toute nouvelle la place des Festivals, alors que le concours international lancé par la Ville de Montréal pour doter la place jouxtant la future Adresse symphonique a fait chou blanc. Aucune des propositions présentées par les quatre artistes finalistes n'a été retenue, la ville ayant décidé de reprendre le processus à zéro.

Selon le RAAV, il est urgent de réviser la politique du 1 % pour en étendre la portée à d'autres institutions publiques, dont la Ville de Montréal. Par ailleurs, ce regroupement d'artistes s'inquiète de l'engouement affiché par certaines institutions publiques pour l'installation d'oeuvres numériques, et surtout de la dérive vers la reproduction d'oeuvres au détriment de créations originales. «Nous sommes ouverts aux nouvelles technologies, mais on ne pourra pas remplacer les grandes oeuvres d'art public qui résistent au temps et qui resteront aux générations futures», souligne M. Bédard.

Au Secrétariat de l'intégration des arts à l'architecture, Catherine Bégin, chargée de veiller à ce que 1 % des budgets des projets d'immobilisations des ministères soit consacré à l'art public, affirme que des révisions à la loi seront déposées au conseil des ministres en 2011. «On veut aller plus loin, car le décret date de 1996», a-t-elle fait valoir, précisant que plus de 2 millions de dollars seront consacrés à l'art public dans chacun des campus des hôpitaux universitaires en gestation. Le nouveau décret élargira l'obligation du 1 % à d'autres projets d'immobilisations publics, comme les infrastructures routières.

Par ailleurs, le Secrétariat a aussi entrepris de réviser sa politique sur la pérennité des oeuvres d'art public, un enjeu que soulève la croissance des oeuvres numériques et des nouvelles technologies. «Nous ne sommes pas fermés aux nouvelles technologies, mais nous sommes soucieux de la pérennité des oeuvres, affirme Mme Bégin. L'art public est un musée à ciel ouvert et nous avons une mission de conservation.»