Hydro-Québec suspend ses acquisitions d'oeuvres d'art

Hydro-Québec suspend ses acquisitions d'œuvres d'art, après 50 ans d'activité philanthropique dans le secteur des arts visuels. Le Devoir a appris que le fonds annuel de 200 000 $ qui permettait de bonifier annuellement la collection d'art est gelé.

«On procède à l'analyse de nos dépenses dans le cadre des attentes manifestées par le gouvernement. Tant que l'analyse ne sera pas terminée, il n'y aura pas d'autres acquisitions», a confirmé Marc Brian Chamberland, chef des Affaires publiques et médias chez Hydro-Québec. Ce n'est pas un cas isolé.» Les contrats de commandites sont aussi à l'étude.

La collection d'Hydro-Québec, qui remonte aux années 1960, compte près d'un millier de pièces — peintures, estampes, photographies — signées essentiellement (80 %) par des artistes québécois, grands maîtres ou jeunes talents. Des oeuvres de Serge Lemoine, Jacques Hurtubise, Jean-Paul Mousseau y figurent, mais aussi des pièces des plus jeunes artistes tels Yann Pocreau, Jennifer Lefort et Chih-Chien Wang.

L'entreprise, qui vient d'annoncer un bénéfice net de 3,035 milliards de dollars sur 12,3 milliards de revenus pour 2009, consacre donc 1,5 ¢ pour chaque tranche de 1000 $ de son chiffre d'affaires. Par comparaison, Loto-Québec, qui a acquis 4000 oeuvres depuis sa création en 1979, consacre 0,01 % de ses revenus, soit 10 ¢ par tranche de 1000 $.

Le galériste René Blouin, qui a vendu une poignée d'oeuvres à la société d'État par le passé, dont des estampes de Betty Goodwin et Geneviève Cadieux, déplore cette décision prise sans mesurer les impacts pour le milieu des arts visuels, déjà mis à mal par la crise économique.

«Est-ce que ça vaut la peine de créer une tempête pour un si petit montant d'argent? se demande-t-il, tout en saluant le travail philanthropique généralement judicieux d'Hydro-Québec. Le budget est probablement moindre que le bonus d'un des vice-présidents. Hydro-Québec a une responsabilité de leadership; si nos grandes sociétés d'État se désengagent, comment espérer que les sociétés privées continuent de le faire? Ça me paraît incongru.»

Hydro-Québec avait pourtant enclenché le processus d'acquisition pour 2010. Trois oeuvres ont été achetées depuis janvier. René Blouin, dont l'une des oeuvres était à l'examen, regrette que la société d'État n'ait pas à tout le moins «honoré ses engagements» pour cette année.

Il craint pour l'avenir incertain de cette collection bien gérée qui desservait les jeunes artistes autant que les plus établis.

«Les jeunes artistes, s'ils ont une oeuvre chez Hydro et une autre au musée ou à la Banque Nationale, ça aide beaucoup leur carrière. Ça confirme l'importance de leur travail auprès des acheteurs privés moins nantis parce que c'est déjà validé, explique-t-il. Je pense qu'on a oublié chez Hydro de considérer cet effet de validation.»
4 commentaires
  • Jocelyn Philibert - Abonné 17 mai 2010 13 h 27

    Moi, l'art contemporain chu plus capable

    Une entreprise phare comme Hydro-Québec pourrait hum réévaluer sa décision au regard du poids symbolique qu'elle a dans la société. Ne serait-ce que parce qu'elle achete bien des trucks et des chars, des vêtements pis des meubles, des services de toutes sortes, y compris des voyages, elle pourrait à tous le moins continuer à acheter de l'art (les artistes achètent bien son électricité à coup de plusieurs centaines de dollars par année!).Sa décision refléte une attitude de nonchalance profondément ancrée dans notre société et qui tient la culture comme négligable sinon évacuable au besoin parce que pas vraiment nécessaire... dans le fond, pas vraiment. Au pire, ca fait dire à des élites médiatiques, Moi, l'art contemporain, chu pas capable! Plus lancinante encore ici cette décision administrative, du genre de celles qui font reculer le Québec jusqu'avant le Refus Global au temps des joueux de piano qu'on pouvait vivre sans.

  • Roland Côté - Abonné 17 mai 2010 15 h 55

    insulte a notre intelligence

    Couper $200,000. par an pour l’acquisition d’oeuvre d’art c’est une farce. Ça démontre le manque de jugement de la direction actuelle d’Hydro Québec.
    Après la déconfiture de la prise de contrôle du NB Power qui a été lancé sans préparation par un équipe d’amateur, nous devons craindre de laisser une telle société entre ses dirigeants.
    Laisser une entreprise de si grande valeur entre les mains de pee-wee c’est une honte envers les bâtisseurs qui ont érigé cette société en un de nos flambeaux.
    Nous avons hâte d’avoir une enquête complète pour nettoyer notre écurie.
    Le ministre des finances parle de nos sociétés commerciales, des monopoles d’été ce ne sont pas des sociétés commerciales.
    Dans la vraie vie dans une vraie société commerciale tu n'as pas de boni si tu fais des pertes et habituellement tu es mis à la porte. Trouver de remplaçants pour de tels administrateurs ce ne sera pas difficile.

  • Jean Melanson - Abonné 17 mai 2010 18 h 56

    Hydro-Québec suspend ses acquisitions...

    Une très mauvaise décision.

    Jean Melanson

  • Pierraud - Inscrit 17 mai 2010 19 h 13

    Je ne comprends pas

    Hydro Québec achète des oeuvres d'art avec nortre argent??? Non mais on aurait tout vu et ces oeuvres d'art sont ou... chez Vandal?