Stratégies diverses

Une oeuvre de Bonnie Baxter tirée de la série L’Amérique de Jane.
Photo: Galerie division Une oeuvre de Bonnie Baxter tirée de la série L’Amérique de Jane.

Une fois n'est pas coutume. Je fais exception cette semaine en commentant des expositions qui en sont à leur dernière journée. Et c'est leur seul point commun aussi, car de Bonnie Baxter à Stéphane Gilot, il n'y a guère de rapprochement possible. Mais plutôt que de les passer sous silence...

Le travail de Baxter n'a pas été montré depuis un moment à Montréal et la galerie qui l'accueille, il faut le souligner, a tout récemment déménagé ses pénates. Auparavant située au Belgo, la jeune et dynamique Galerie Division a maintenant rejoint d'autres consoeurs sur l'avenue Greene, dans Westmount. Son directeur, Benjamin Klein, affirme que ce changement géographique, sur une artère réputée pour regrouper des galeries plus commerciales, ne changera rien aux choix de la galerie et à sa ligne directrice. C'est à souhaiter.

En programmant le travail de Bonnie Baxter pour inaugurer ses nouveaux espaces, on peut dire que la galerie Division ne déroge pas pour le moment à son créneau. L'artiste y présente une partie d'une série amorcée en 2008 qui a pour titre Le Voyage de Jane. Bien connue pour son travail en gravure, Baxter use depuis quelques années du numérique, produisant des photographies couleurs manipulées, faisant notamment ressortir des coloris artificiels qui s'avèrent un des traits marquants du travail exposé.

Cette série délaisse les compositions en strates hybrides des travaux précédents et exploite particulièrement des stratégies de mise en scène où l'artiste incarne la protagoniste, Jane, personnage tiré de la série pour enfants Dick and Jane, jadis populaire aux États-Unis. Avec pour

décor le Sud-Ouest américain, la route 66 et la Californie, les photos sont le lieu d'une fiction performative où Baxter reprend le chemin de son enfance et

de ses racines familiales, elle qui est née au Texas et dont la mère a fini ses jours sur la côte ouest américaine.

Les images sont tissées de références fantaisistes et vécues, construisent une mythologie personnelle greffée de clichés. À commencer par cette perruque blonde «à la Jane» qui, d'une image à l'autre, apparaît de dos uniquement, comme une énigmatique et insistante présence faisant le pont entre tous les éléments de la série. Ce travail de Baxter participe d'une pratique de l'autofiction et de la photographie mise en scène qui ne renverse rien. Toutefois, l'artiste réinvestit avec conviction le genre du road trip, en révèle l'imaginaire encore puissant à travers la lorgnette d'un personnage féminin qui rend sensible le passage du temps.

La série est aussi reproduite dans Rose désarroi, un livre en édition limitée, fruit d'une collaboration avec le relieur Jacques Fournier et la poète Denise Desautels.

Stéphane Gilot

Au premier étage de la galerie Occurrence, l'installation de Stéphane Gilot fait écho à plusieurs images tristement véhiculées par les médias. L'artiste évoque celles montrant les rescapés d'inondation flottants sur une épave. Il pourrait aussi bien s'agir de scènes montrant les décombres de tremblements de terre. Quoi qu'il en soit, l'installation suggère qu'une catastrophe est arrivée, laissant derrière elle un amas de bois, une structure en apparence violemment affaissée qui accapare presque tout le sol.

Cette seule portion de l'exposition a un impact fort quand on sait que les travaux antérieurs de Gilot proposaient au contraire des constructions bien solides. Ces installations, développées de 2000 à 2007 sous le titre Plans d'évasion, proposaient des fictions interdisciplinaires par lesquelles des figurants-participants exploraient des univers inventés où se jouaient des scénarios de conquête et de fuite. Cette fois, dans Le Buvard du monde, l'évasion semble impossible; le monde en décombres s'impose crûment comme une donne incontournable.

D'ailleurs, la mise en espace de l'exposition articule judicieusement cet avant et cet après, situant au sous-sol de la galerie la projection d'une vidéo tirée des Plans d'évasion rappelant cette époque où le monde tenait encore debout. Gilot n'a pas pour autant évincé la figure humaine de ses installations. Comment le sujet survit-il à une telle situation? semble s'interroger l'artiste qui, pour en faire état, a invité la danseuse Caroline Dubois. Celle-ci éprouve de tout son corps, et sans filet, la structure instable de l'installation lors de performances dont la dernière aura lieu aujourd'hui à 15h.

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L'AMÉRIQUE DE JANE
Bonnie Baxter
Galerie Division
1368, avenue Greene, Westmount
Jusqu'au 24 avril

LE BUVARD DU MONDE
Stéphane Gilot
5277, avenue du Parc, Montréal
Jusqu'au 24 avril


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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • patclou - Abonné 25 avril 2010 09 h 29

    Euh...

    Date de parution de l'article: 24 avril. Date de fin des expos: 24 avril. Mouin.