Les Elles de l'art - Borduas, et Elles !

Jérôme Delgado Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le prix Les Elles de l'art, descendant direct de l'expo-vente qu'organisait Pratt & Whitney Canada à une autre époque, fait grand plaisir à Raymonde April. La photographe, qui n'est pourtant pas en reste en matière de décorations et d'hommages — elle a reçu le Borduas en 2003 — ne savait même pas que son galeriste, Donald Browne, avait défendu sa candidature.

La surprise n'a été que plus grande. «Je suis très contente, dit-elle à l'autre bout du fil. J'ai vague souvenir, mais il me semble qu'il n'y avait pas de photo dans Les Femmeuses. C'est peut-être pour ça que je n'y ai jamais exposé. Et puis, Les Elles de l'art est un prix de Montréal, identifié à Montréal.»

C'est que Raymonde April en a marre de se faire dire qu'elle est de Québec. Cette fausse identité la suit depuis presque quarante ans. S'il est vrai que c'est dans la capitale qu'elle a étudié (elle est diplômée de l'Université Laval) et qu'elle y a laissé des traces tangibles (elle est une des fondatrices du centre La Chambre blanche), elle n'a fait que passer par là, dans les années 1970. Alors qu'à Montréal elle y est depuis 1981! Et enseigne à l'Université Con-cordia depuis 1985. «Peut-être que les gens me confondent avec une autre artiste, de Québec, Danielle April, laisse-t-elle tomber, rieuse. Mais, née à Moncton de parents québécois, Raymonde April a vécu son enfance dans le Bas-Saint-Laurent. S'il y a un coin autre que Montréal auquel elle aimerait être associée, c'est bien celui-là.

L'an 2010 commence bien pour la Montréalaise, donc. En janvier et février, elle a exposé une vaste série de photos, des vieilles et des récentes, dans trois lieux, au centre-ville et dans le Mile-End. Équivalences, qui regroupait des images très cohérentes avec sa signature entre la documentation et la fiction, entre le carnet de voyage et le portrait intimiste, a confirmé sa grande forme.

Ces trois expos ont prouvé, à ses yeux, que sa vie d'artiste et de professeure était un «mariage heureux», et elle lance des fleurs à ses assistants, qui évoluent dans le milieu universitaire, et à Eduardo Ralickas, le commissaire à «la démarche de théoricien».

«J'ai toujours voulu continuer à exposer, dit-elle. On peut prendre beaucoup de photos, mais si on ne les expose pas, elles ont une existence latente, elles restent à un niveau fantasmatique. Il faut en faire des objets tangibles, c'est important.»

Le prix Les Elles de l'art a été attribué dans le passé à Geneviève Cadieux, Sarah Stevenson et Dominique Blain. Cette année, le choix semble avoir été difficile puisque le jury a octroyé deux mentions à Nadia Myre et à Louise Viger.