Expositions - La séduction des images

Une séquence tirée de Box, une vidéo d’Olivia Boudreau
Photo: Centre dazibao Une séquence tirée de Box, une vidéo d’Olivia Boudreau

Ses images sont séduisantes, pour ne pas dire alléchantes, érotiques. L'art d'Olivia Boudreau, prometteuse vidéaste diplômée de l'UQAM, met constamment le public dans une position inconfortable. L'oeil accroche, s'accroche, en attente d'un dénouement (heureux?), d'un moment de plus à savourer. Sans doute, il y aura déception de ce côté-là. Mais c'est dans cette confrontation du spectateur consommateur, du spectacle consommation, que réside la force de ce travail.

L'exposition à Dazibao, inaugurée lors de la Nuit blanche, n'est d'ailleurs composée que de deux oeuvres. L'espace très grand de la galerie, avec ses deux salles, semble presque inoccupé. Les deux vidéos, pourtant sonores, se font aussi très discrètes. Et elles sont de longue durée, de très longue durée (23 heures, pour l'une d'entre elles), avec des plans-séquences, des plans fixes, dans lesquels il ne se passe rien. Ou peu de choses.

Aussi bien dire que le visiteur est, en partant, condamné à une certaine frustration. Physiquement, aussi, l'expérience peut s'avérer difficile, exténuante, si jamais on s'évertue à vouloir tout voir.

Quotidien et sexualité confondus

Dans la grande salle, la pièce-titre, Box, montre le quotidien d'un cheval dans son écurie (c'est elle, l'oeuvre de

23 heures). Selon le moment que l'on attrape, il peut se passer quelques minutes avant de comprendre la scène. L'artiste a une manière de cadrer, très soignée, très serrée, qui multiplie les ambiguïtés.

En fait, ce sont souvent des détails (une courroie) ou des bruits hors champ (le cheval qui mange, un chien qui aboie) qui nous éclairent. Autrement, même dans le dos noir du cheval (symbole érotique s'il en est un), surgit une ligne sinueuse, un corps étendu, offert au regard.

Olivia Boudreau travaille sur la sexualisation du corps. C'était très explicite dans Pelures, l'oeuvre de fin de maîtrise dévoilée l'an dernier à la galerie de l'UQAM. La figure féminine, qu'elle personnifie souvent elle-même, traverse de manière régulière sa pratique.

Dans La Levée, l'autre vidéo de l'actuelle expo (celle-ci de 53 minutes), une femme, dans l'obscurité, se déshabille. On ne voit que ses jambes, on ne la voit que pendant un court laps de temps — moment clé remarquez: elle enlève sa culotte. Le reste, dans le noir total, se devine à travers les quelques indices sonores. Le geste est répété, la scène est recommencée, une façon de nous entraîner dans une réalité où le quotidien et la sexualité se confondent.

C'est une critique féministe, certes pas nouvelle, mais qui se distingue par un rapport avec le spectateur très intimiste que met en scène Olivia Boudreau. Très constante d'une vidéo à l'autre, celles-ci toujours animées par la lenteur de leurs images, elle explore des éléments propres à son art (le temps, le cadrage, la lumière, le son, le hors-champ). C'est en acceptant ces normes, ce jeu du regardeur, que l'on peut assumer sans embarras le fait d'être séduit.

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Box
Olivia Boudreau, Dazibao, centre de photographies actuelles, 4001, rue Berri. www.dazibao-photo.org

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Collaborateur du Devoir