Quand l'art vaut son pesant d'or

En souvenir de / Un moment avec vous (détail), de Damien Hirst (2008). Acier plaqué or avec verre taillé en forme de diamants, diptyque. Collection particulière, avec l’autorisation de Sotheby’s, Londres. Damien Hirst, avec l’autorisation de Science Ltd., Londres.
Photo: Musée des beaux-arts du Canada En souvenir de / Un moment avec vous (détail), de Damien Hirst (2008). Acier plaqué or avec verre taillé en forme de diamants, diptyque. Collection particulière, avec l’autorisation de Sotheby’s, Londres. Damien Hirst, avec l’autorisation de Science Ltd., Londres.

Les superstars de l'art contemporain brilleront tout l'été à Ottawa pour La Vie en pop: l'art dans un monde matérialiste, une proposition audacieuse venue de la Tate Modern de Londres. Les Damien Hirst, Jeff Koons, Keith Haring et autres émules d'Andy Warhol prendront d'assaut le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) dans une exposition explorant l'art qui rivalise avec les cotes de la Bourse.

Homme d'affaires ou artiste — les avis divergent —, Damien Hirst sera au coeur de cette exposition qui sonde la relation entre art et commerce, et au passage le culte de la personnalité chez l'artiste.

Une salle entière sera dédiée à Hirst, cet alter ego de Warhol devenu l'artiste le plus riche au monde, notamment grâce à l'oeuvre For the Love of Good (2008), un crâne serti de 8601 diamants, acquise par un consortium de gens d'affaires (dont lui-même!) pour 100 millions.

Si cette oeuvre n'est pas du lot de La Vie en pop, on pourra toutefois admirer une licorne plongée dans le formol, un des procédés choyés par l'artiste boursicoteur, ainsi que la performance Ingo et Torsten, mettant à contribution un couple de vrais jumeaux (bien vivants, ceux-là), en prestation continue devant une toile de Hirst. Avis aux intéressés, le MBAC est à la recherche de jumeaux volontaires!

Selon Marc Mayer, directeur du Musée des beaux-arts du Canada, La Vie en pop s'impose non seulement en raison de la pertinence de son thème, mais aussi parce que la majorité des oeuvres choisies n'ont encore jamais été présentées au Canada. «L'art contemporain est devenu la locomotive du marché de l'art. Ces oeuvres rompent le tabou qui veut que culture populaire et kitsch ne soient pas de l'art. C'est l'exposition la plus intelligente tenue sur le débat qui prévaut entre art et commerce. Cela nous permet d'explorer par la bande l'héritage laissé par Warhol qui, il faut le rappeler, était considéré "dépassé" et fini dans les années 1980», affirme ce dernier. Depuis, les toiles de Warhol ne cessent de faire s'envoler les enchères.

Y aura-t-il un regard critique porté sur cet art qui rime avec or? «Les oeuvres elles-mêmes sont critiques de la vacuité de l'art et du pouvoir de l'argent», affirme le directeur du musée.

Quelque 250 tableaux, sculptures, vidéos et installations produits par le gotha de l'art pop seront rassemblés, dont ceux de Jeff Koons. L'artiste a poussé l'art aux limites de la pub en affichant sur des panneaux publicitaires une photo de lui-même le montrant enlacé avec la «Cicciolina», une star de la porno italienne. Le Pop Shop de Keith Harding, qui avait pignon sur rue à New York de 1986 à 2005, sera aussi recréé au MBAC, avec ces objets ornés de petits hommes aux allures bédéesques. Des oeuvres de Martin Kippenberger, Akashi Murakami, prince nippon du kitsch, et du groupe YBA (Young British Artists) compléteront ce concentré d'art pop.