De Visu - Une année de hauts et de bas

Les lumineuses pyramides de Claude Tousignant, que l'on a pu voir au Musée d'art contemporain de Montréal.
Photo: MACM Les lumineuses pyramides de Claude Tousignant, que l'on a pu voir au Musée d'art contemporain de Montréal.

Une polémique, un constat absurde, mais aussi un prix et plusieurs expos auront marqué 2009

1- La polémique du MAC. Le Musée d'art contemporain a-t-il déjà fait autant parler de lui? Pas sûr. Il avait commencé l'année étêté, après le départ de Marc Mayer à Ottawa. Il s'est retrouvé criblé de flèches assassines dès la nomination à la direction de Paulette Gagnon, après un obscur processus de sélection. Lettres publiques, journée d'étude... Puis, un dénouement heureux, avec l'arrivée de Marie Fraser au poste de conservatrice en chef. Espoir.

2- Gabor Szilasi. Une rétrospective majeure et, au bout, le prix Borduas, la plus prestigieuse décoration en arts visuels. C'est l'année Gabor Szilasi. L'octogénaire photographe, toujours actif, magnifie le Québec ordinaire depuis plus de quatre décennies. L'exposition intitulée L'Éloquence du quotidien, lancée au Musée d'art de Joliette et actuellement présentée au Musée des beaux-arts du Canada, finira par s'arrêter à Montréal. En 2011, au Musée McCord.

3- Postérité, BGL, Parisian Laundry. Une rétro qui n'en était pas une, une expo critique du marché et de la consommation dans une galerie marchande, Postérité consacre le collectif BGL comme une des plus irrévérencieuses signatures. Cette fête de la démesure, répartie sur les trois étages de la Parisian Laundry, était parsemée des trompe-l'oeil et simulacres habituels de BGL. Le point culminant: un impossible grenier, à la fois bazar de bibelots et entrepôt d'artefacts artistiques.

4- Entracte: films d'un futur héroïque, Centre canadien d'architecture. La remise en question des choses établies, de l'histoire récente, se poursuit au Centre canadien d'architecture. Clin d'oeil aux pauses d'hier du cinéma, cet «entracte» donne la vedette aux archives (filmiques) et à notre capacité, à nous, visiteurs, de les (ré-)animer. Expo modeste, trait d'union entre deux autres plus extravagantes, Entracte est l'antidote à la culture du spectacle, aux manifestations événementielles auxquelles même le CCA est prié de s'abonner.

5- Claude Tousignant, Musée d'art contemporain. L'année au MAC avait pourtant bien commencé. Avec Claude Tousignant, une rétrospective montée par un de ses plus jeunes conservateurs (Mark Lanctôt), le musée honorait enfin une des figures majeures de notre histoire de l'art. Les tableaux-sculptures de Tousignant occupaient presque en totalité les salles d'exposition. Une audacieuse célébration de l'abstraction pure, qui n'avait rien de monotone. Une autre rétro, posthume celle-là, avait ensuite rendu justice à Betty Goodwin. C'était, aussi, avant la polémique.

6- Muntadas, La Construction

de la peur, SBC, galerie d'art contemporain. Wim Delvoye, Oscar Munoz, les Guerilla Girls (galerie de l'UQAM), Michal Rovner (Fondation DHC), Alfredo Jaar (Mois de la photo), les vedettes internationales n'ont pas manqué à Montréal. Mais c'est l'artiste espagnol Muntadas, un invité d'une plus petite galerie, SBC, qui a retenu notre attention. L'expo La Construction de la peur ciblait la fausse objectivité des médias avec beaucoup d'à-propos. Elle était signée Jean Gagnon, qui a depuis abandonné la direction de la galerie. Dommage.

7- Road Runners, Vox, centre de l'image contemporaine et Cinémathèque québécoise. À contre-courant des positions critiquant notre époque automobile, Road Runnners a offert un survol de la fascination qu'exercent le motorisé et sa capacité d'évasion. L'exposition était surtout historique, ancrée dans les années soixante conceptuelles et une réflexion de Toni Smith, et multidisciplinaire, incluant par exemple Easy Rider, de Dennis Hopper. Des oeuvres-phares de Michel de Broin ou de Bill Vazan y étaient, ainsi que des moins connues, à l'instar d'un film d'Abbas Kiarostami.

8- Sugar Bombs, Montréal arts interculturels. L'expo surprise de l'année, inattendue. Présentée au centre Mai, Sugar Bombs a réuni deux artistes de la Colombie-Britannique — c'est-à-dire méconnus ici. Les couleurs joyeuses de Diyan Achjadi et les assemblages tordus de Brendan Tang, dessins et sculptures faussement naïfs, faisaient autant sourire que troubler. Contestations politiques, clichés sur les ethnies remis au placard, confusion des genres... Un remue-ménage qui n'empêchait pas de se rincer l'oeil.

9- Orange. Il Nostro Gusto, Expression, centre d'exposition de Saint-Hyacinthe. La Biennale de Montréal, un désastre, le Mois de la photo, une déception (malgré les Jaar et autres choix judicieux), il ne restait, en matière de manifestations-événements, que cette juteuse Orange, en voie de devenir «un des rares événements de calibre en art actuel», comme l'a écrit la collègue Marie-Ève Charron. La troisième édition, portée par l'intervention très tomate de Cosimo Cavallaro, et malgré une thématique un brin nébuleuse, est demeurée de haute voltige.

10- L'absurde. Ni l'année du MAC controversée, ni la gloire d'un Gabor Szilasi, encore moins le phénomène BGL, malgré le fantasque et le spectaculaire de son art. À peine une Yoko Ono honorée par le Musée des beaux-arts. Les arts visuels québécois peinent à faire parler d'eux, en dehors des cercles concernés. L'émission Tout le monde en parle, baromètre par excellence du populisme, préfère inviter une Corno. Porte-parole, figure emblématique du milieu? Décevant.

Collaborateur du Devoir