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Le projet Impluvium est un tableau sur la toiture de l’édifice Belgo révélant les potentiels inexploités des toits urbains. Les motifs sont peints sur gravier. Le toit fait appel à la sensibilité des observateurs pour parler des préoccupations reliées à la gestion de l’eau et aux îlots de chaleur à l’ère du réchauffement climatique et des préoccupations environnementales.
Photo: NIPPaysage Le projet Impluvium est un tableau sur la toiture de l’édifice Belgo révélant les potentiels inexploités des toits urbains. Les motifs sont peints sur gravier. Le toit fait appel à la sensibilité des observateurs pour parler des préoccupations reliées à la gestion de l’eau et aux îlots de chaleur à l’ère du réchauffement climatique et des préoccupations environnementales.

Fondée en 2001 par quatre diplômés de l'Université de Montréal, NIPpaysage est une firme d'architecture de paysage montréalaise qui ne cesse de se faire remarquer sur la scène internationale. À la tête de la nouvelle vague d'architectes paysagistes contemporains et audacieux, elle se retrouve dans presque toutes les publications prestigieuses du milieu, d'Avant Gardeners de Tim Richardson à Formes hybrides de Lesley Johnstone, devenant ainsi la parfaite ambassadrice de la créativité montréalaise. Pourtant, ici, on la connaît à peine... alors que nous parcourons quotidiennement ses paysages: des installations éphémères aux cours d'école, des parcs aux aménagements urbains en tout genre.

Dans leur atelier de la rue Drolet à Montréal, six jeunes dans la trentaine planchent sur de nombreux projets. L'endroit est clair, très ouvert sur la rue. Les murs sont couverts de plans, de dessins, d'images colorées et frappantes de projets allant de la plus grande à la plus petite échelle. Les créations affichées sur la périphérie du local font office de décoration. La tête remplie de rêves, les créateurs de NIP ne cessent d'explorer, de repousser leurs limites. Leurs projets, des paysages ou des interventions intelligentes et marquantes, rivalisent en qualité et en créativité avec ceux d'une Martha Schwartz ou d'un West 8. «On est heureux de travailler à Montréal et on ne recherche pas à tout prix les projets internationaux. Le territoire montréalais est une mine d'or en occasions et en espaces à exploiter, mais le manque d'initiatives et de commandes est parfois dur à vivre... Ce qu'on aimerait, c'est que nos projets les plus intéressants se fassent à Montréal et pas ailleurs. Qu'on vienne nous chercher pour nos idées et qu'il y ait plus de commandes publiques», dit Mathieu Casavant, de NIPpaysage.

L'effervescence à la Harvard

Avant d'élire domicile dans notre grande métropole, les quatre membres-fondateurs de NIP sont partis travailler dans le Massachusetts, non loin de l'école d'architecture de paysage de Harvard. «Nous étions attirés par l'euphorie et les courants de nouvelles idées qui fleurissaient au sein de cette grande institution», dit Mélanie Mignault, de NIPpaysage. «La plupart de nos amis suivaient des cours à Harvard. Nous, nous avons fait nos premières armes auprès d'architectes paysagistes influents, comme Martha Schwartz ou Hargreaves Associates, tout en bénéficiant de cet incroyable brassage intellectuel», poursuit-elle. Cette immersion dans un bain bouillonnant de nouveaux concepts en architecture de paysage et en design leur a permis de se forger une forte personnalité et une vision propre, avant même de se lancer dans leurs premiers projets. NIPpaysage a toujours gardé contact avec ce milieu-là, dont il se nourrit encore aujourd'hui autant que du reste.

L'exploration sous toutes ses formes

C'est en participant à de nombreux festivals de jardins contemporains que les concepteurs de NIP se sont d'abord fait connaître. Il y a notamment eu Le Déluge, un jardin présenté en 1998 au Festival de Chaumont-sur-Loire en France, puis l'excellent jardin In vitro, présenté en 2001 au Festival international des Jardins de Métis, en Gaspésie. Ce dernier était d'ailleurs remarquable à plusieurs égards, provoquant à la fois un plaisir esthétique et un questionnement éthique d'un genre nouveau. En effet, l'installation était l'incarnation vivante d'une architecture de paysage narrative qui remettait en question la transformation et l'industrialisation de la forêt actuelle, tout en projetant le regard du visiteur vers des images fragmentées et colorées d'une forêt improbable contenue dans des pots.

Ensuite, en 2003-2004, il y a eu le projet Impluvium, une intervention graphique et paysagère menée à grande échelle sur la toiture de l'édifice Belgo à Montréal par l'équipe de NIP avec la collaboration de Sophie Gironnay. Alors que les habitants du centre-ville découvraient ces motifs bleus peints sur l'asphalte qui chapeaute la plupart de nos bâtiments, ce jardin d'un autre type révélait quant à lui le potentiel inexploité des toits urbains et mettait en avant les questions de la gestion de l'eau, des îlots de chaleur, à l'ère du réchauffement climatique et des préoccupations environnementales.

Dans un même ordre d'intervention puissante, il faut également se remémorer le projet du Jardin routier, une installation de bannières vertes et la présence notoire de silhouettes d'orignaux traversant le paysage inhospitalier et dangereux de l'autoroute Ville-Marie. «Aujourd'hui, nous constatons que ces explorations ont forgé notre approche et la nourrissent encore. Le caractère singulier de notre pratique, qui s'applique actuellement sur une gamme de projets permanents réalisés sur des lieux du quotidien, s'inspire d'un répertoire d'explorations qui s'étoffe au fil des ans», explique Josée Labelle, de NIPpaysage.

Parmi les projets actuels de NIPpaysage il y a notamment celui du Centre sportif de Gatineau, un projet répondant aux critères LEED-NC argent. Cet aménagement, qui comprend un jeu de topographie monumentale pour la réalisation d'un parc urbain à partir du sol excavé lors de la préparation du site, vise à minimiser les exportations de matériaux. Le site comporte une place publique et diverses composantes écologiques, le tout réalisé pour la tenue des Jeux du Québec 2010. Hormis ce projet à grande échelle, l'équipe travaille aussi sur l'immense projet du parc Point Pleasant à Halifax, où ils ont remporté le concours international portant sur la renaissance du parc, après le ravage de l'ouragan Juan (2003). Le plan directeur qu'ils ont élaboré amène une stratégie de reboisement et de revitalisation sur une période de 20 ans et propose un concept original au coeur duquel l'expérience de la forêt, la mémoire de l'ouragan et l'histoire du site sont développées.

Architecte paysagiste: profession de foi

Ainsi, qu'ils travaillent sur d'immenses projets d'aménagement ou des cours d'école, des terrains de jeu ou des explorations à petite échelle, les membres de l'équipe de NIP portent un regard critique sur notre environnement extérieur et offrent une réponse profonde et ludique, permettant d'expérimenter et de vivre différemment ces espaces extérieurs. Or c'est l'un des rôles de l'architecte paysagiste que d'analyser et de traduire sous forme de langage «paysagé» le caractère identitaire de chaque lieu. La plupart des gens pensent que l'architecte paysagiste est un botaniste ou un jardinier... Non, l'architecte paysagiste est une personne capable de donner du sens à un lieu, à un espace naturel et/ou artificiel. Ainsi, il développe un paysage en lui donnant un intérêt, donc en y construisant, mais l'architecte paysagiste est aussi un artiste et un médiateur hors pair qui doit souvent composer avec le client, les environnementalistes, les architectes, les urbanistes, les ingénieurs et les représentants territoriaux! La complexité de leur travail tient également au fait qu'ils doivent composer avec l'imprévisible: l'évolution des sites, des végétaux, de la nature en général. Le travail de NIPpaysage est remarquable à cet égard. La firme est reconnue pour son aptitude à faire du site le guide du projet (et non, à l'inverse, à imposer un projet sur un site), à privilégier les relations entre les objets (et non à traiter les objets pour leur individualité propre), à traiter les articulations et à préserver des espaces vides, et plus généralement à reconquérir les espaces déstructurés. «Le paysage est une construction en mouvement qui implique un maximum de considérations pratiques, une grande flexibilité dans les idées et le développement d'organisations fluides et de stratégies en design mobile au coeur du projet», précise Michel Langevin.

Ainsi, qu'ils travaillent sur d'immenses projets d'aménagement ou des cours d'école, des terrains de jeu ou des explorations à petite échelle, les membres de l'équipe de NIP portent un regard critique sur notre environnement extérieur et offrent une réponse profonde et ludique, permettant d'expérimenter et de vivre différemment ces espaces extérieurs. Or c'est l'un des rôles de l'architecte paysagiste que d'analyser et de traduire sous forme de langage «paysagé» le caractère identitaire de chaque lieu. La plupart des gens pensent que l'architecte paysagiste est un botaniste ou un jardinier... Non, l'architecte paysagiste est une personne capable de donner du sens à un lieu, à un espace naturel et/ou artificiel. Ainsi, il développe un paysage en lui donnant un intérêt, donc en y construisant, mais l'architecte paysagiste est aussi un artiste et un médiateur hors pair qui doit souvent composer avec le client, les environnementalistes, les architectes, les urbanistes, les ingénieurs et les représentants territoriaux! La complexité de leur travail tient également au fait qu'ils doivent composer avec l'imprévisible: l'évolution des sites, des végétaux, de la nature en général. Le travail de NIPpaysage est remarquable à cet égard. La firme est reconnue pour son aptitude à faire du site le guide du projet (et non, à l'inverse, à imposer un projet sur un site), à privilégier les relations entre les objets (et non à traiter les objets pour leur individualité propre), à traiter les articulations et à préserver des espaces vides, et plus généralement à reconquérir les espaces déstructurés. «Le paysage est une construction en mouvement qui implique un maximum de considérations pratiques, une grande flexibilité dans les idées et le développement d'organisations fluides et de stratégies en design mobile au coeur du projet», précise Michel Langevin.

Du côté de chez NIP

Si vous voyez une cour d'école bien aménagée et qui raconte une histoire intéressante ou amusante, si vous revoyez les oursins géants sur la place de La Dauversière à Montréal ou si vous vous promenez du côté de la croix du mont Royal à Montréal, pensez NIP et surtout ayez un regard différent sur le travail que font ces créateurs jamais cités mais ô combien importants pour nos espaces de tous les jours! «Aux États-Unis, la plupart des gens savent qui est Olmsted, parce qu'un timbre a été fait en son honneur. Ici, au Québec, il faudrait faire imprimer un timbre à l'effigie de Claude Cormier, qui est notre précurseur national et le premier architecte paysagiste à recevoir le titre de chevalier de l'Ordre national du Québec», dit Mathieu Casavant en souriant. À bon entendeur salut.

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- www.nippaysage.ca

- www.jardinsmetis.com

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