Décès de Willy Ronis, grand photographe humaniste

Cliché pris en 2003 de Willy Ronis dans son appartement. Il a été le premier photographe français à travailler au magazine Life et a remporté plusieurs prix pendant sa carrière.
Photo: Agence France-Presse (photo) Cliché pris en 2003 de Willy Ronis dans son appartement. Il a été le premier photographe français à travailler au magazine Life et a remporté plusieurs prix pendant sa carrière.

Paris — Le photographe Willy Ronis, doyen des photographes français, s'est éteint samedi à l'âge de 99 ans, a indiqué à l'Agence France-Presse, Stéphane Ledoux, le p.-d.g. d'Eyedea Presse, dont dépend l'agence de photo Rapho où il travaillait.

Le photographe, associé au courant humaniste et idéaliste et révélé par ses reportages sur les mouvements sociaux, ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant.

Il était affaibli par son grand âge et les dialyses «qu'il subissait régulièrement», a précisé le patron d'Eyedea.

Mais «il a été clair dans son esprit et pétillant jusqu'au bout», a-t-il souligné.

«Sa photo était profondément humaniste et vraie. C'était un des plus grands photographes de son temps, qui nous a offert un regard sur la France», a commenté M. Ledoux.

«Nous avons tous beaucoup de peine. Il a toujours eu une grande fidélité pour Rapho. Il laisse seuls une équipe et des gens avec qui il a travaillé pendant des années avec beaucoup de chaleur», a-t-il ajouté.

Contemporain de Doisneau et Cartier-Bresson, Willy Ronis se passionne d'abord pour la musique et le dessin. C'est en 1936, à l'âge de 26 ans, qu'il devient photographe pour la presse, l'industrie, la mode et la publicité.

Fils d'un immigré juif ukrainien et d'une juive lituanienne professeure de piano, il n'a connu une juste consécration qu'au détour des années 70.

Le vieil homme avait gardé la mémoire de chaque photo prise parmi les quelque 100 000 réalisées au cours de sa longue carrière.

Le photographe «a immortalisé pour nous et pour les générations à venir une France populaire et poétique», a écrit le président Nicolas Sarkozy, dans un communiqué, en rendant hommage au «peintre privilégié de Belleville et de Ménilmontant [quartiers de Paris] qui s'est fait chroniqueur des aspirations sociales de l'après-guerre et poète d'une vie simple et joyeuse».

«Avec la disparition de Willy Ronis, le XXe siècle s'éloigne encore un peu plus, mais nous en gardons un témoignage unique grâce à sa curiosité humaniste et son regard inspiré», a ajouté le chef de l'État.

Pour Jean-François Le Roy, fondateur du festival de photojournalisme Visa pour l'image, Willy Ronis était «un peu le grand-père de tous les photographes».

Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a rendu hommage à «l'un des plus grands maîtres de la photographie» qui a «offert à nos vies ce miroir lumineux» et «a su faire de la photographie un art populaire».

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a salué un «immense créateur» à «l'oeuvre multiple, intimement mêlée à Paris, à sa population, à ses quartiers, à son histoire».