Des mille usages du Cahier Canada

L’Atelier Punkt, iconoclaste galerie dans un bâtiment industriel du Mile-End, accueille une exposition non moins rebelle.
Photo: L’Atelier Punkt, iconoclaste galerie dans un bâtiment industriel du Mile-End, accueille une exposition non moins rebelle.

L'endroit paraît petit, mais il ne l'est pas tant que ça. Il n'a été que bien rempli. Sur les murs, au plafond, sur des tables. Même en dessous de l'une d'elles, d'où un bruit, celui d'un projecteur de film 16 mm, oblige à mettre genoux à terre. L'Atelier Punkt, iconoclaste galerie dans un bâtiment industriel du Mile-End, accueille une exposition non moins rebelle. Peut mieux faire expose une quarantaine d'objets dans un (dés)ordre proche de celui du bazar.

Cette apparence de chaos tient pourtant son fil: un cahier d'exercices, le célèbre et néanmoins banal cahier Canada. C'est Emmanuel Galland, artiste et commissaire indépendant, qui a eu l'idée d'inviter ses acolytes (plasticiens, mais aussi architectes, designers, musiciens...) à créer à partir de ce cahier associé à l'école.

«Le légendaire et démocratique cahier d'exercices Canada Hilroy, écrit-il, est la "toile" offerte par le commissaire qui embrasse l'habit du "professeur" pour l'occasion. Il a distribué à toute la classe des exemplaires des cahiers-aux-quatre-couleurs et attend désormais la rentrée pour découvrir avec vous les "devoirs" de vacances.»

D'inévitables bricolages parsèment l'endroit, mobiles et guirlandes ici, maquettes et collages ici. Ils sont nombreux à avoir transformé l'objet. Le collectif Pin-Pals en a déchiqueté plusieurs pour en faire une mosaïque, Marie-Claude Bouthillier les a convertis en petites boîtes, Christian Miron en théâtres.

Ils sont plusieurs à avoir pris le cahier pour ce qu'il est. Chris Lloyd y raconte ses vacances d'été, Philippe Côté a noirci ses pages d'un texte très urbain, Cedric Houin s'en sert comme d'un album. C'est la diatribe sociale, très bd, de Jérôme Ruby qui se démarque. Son Mon Réal est un odieux râleur qui va même jusqu'à pisser dans la librairie du CCA. Mots crus et dessin fin sont son cocktail explosif.

Et il y a les autres, à mi-chemin entre ces deux groupes. Daniel Olson et Stéphanie Béliveau, connus pour leurs personnages si singuliers (lui, en photo, elle, en peinture), ont mis leurs cahiers à l'épreuve de l'eau. Il n'y a rien à lire, sinon le passage du temps. Nancy Belzile propose un flipbook non narratif, alors que Carl Trahan a dessiné et transpercé les pages du sien.

Sans prétention, animée par le plaisir de créer et la légèreté du support, instinctive et spontanée (l'invitation n'a été lancée qu'en juin), l'expo réserve bien des surprises. Le bruit de ce projecteur, bien sûr, oeuvre de Karl Lemieux qui se sert du «Canada» comme d'un écran. Et à l'autre bout, l'immense installation interactive de Jeanne et Alexandre Bellavance, dont les cahiers sont devenus source d'expression et les contours de Montréal, planche à dessin.

Cette expo de cahiers d'exercices «démocratiques», d'où émanent des questions identitaires et intimistes, ne pouvait se tenir sans ses activités publiques. Un atelier d'écriture en direct et un autre de dessins d'enfants sont au programme dans les jours à venir.

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Peut mieux faire

Atelier Punkt

5333, avenue Casgrain, local 205-A, jusqu'au 9 octobre.

www.atelierpunkt.com

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Collaborateur du Devoir