L'autre Darfour

Au cours de son récent voyage au Darfour, Stéphanie Lapointe a été confrontée aux images que les médias ont diffusées de cette région minée par un conflit et une grave crise humanitaire. C'est à travers la lentille de son appareil photo, et celles de ses quatre collaborateurs, que l'exposition Sur des fils de fer donne à voir un autre Darfour. Des images d'où transpire une réalité à des lieues de la nôtre, mais qui ne lui est pas si étrangère.

«Le plus grand défi est de réduire ce fossé entre nous ici et les gens là-bas, qui semblent être à l'autre bout du monde, sur une autre planète», confie Stéphanie Lapointe. Elle et son équipe y sont parvenues. La quarantaine de photographies révèlent une parcelle du quotidien d'un peuple souriant, les yeux remplis d'espoir. Un barbier, un gamin s'occupant d'un troupeau de bêtes, une mère tenant son enfant dans ses bras. La vie, quoi. «On s'est même fait reprocher d'être lumineux», dit la jeune femme à la barre de l'exposition.

Sur des fils de fer est la réalisation de cinq âmes, qui ont chacune vu le Darfour sous un angle différent. L'exposition est le second souffle que Stéphanie Lapointe a voulu donner à son projet de capsules documentaires À ciel ouvert (www.rcinet.ca), tourné au Rwanda ainsi que dans les camps de réfugiés soudanais en compagnie des réalisateurs Dominique Laurence et Eza Paventi. Au trio se sont greffées les images de Jonathan Pedneault, qui s'est surtout promené dans les villages dévastés, ainsi que celles de la travailleuse humanitaire Stéphanie Jodoin. «Je me suis demandé quelle serait la vision de Stéphanie, qui a travaillé un an là-bas. Son projet est de nous parler de son métier. Les médias rapportent du Darfour beaucoup d'images de souffrance, mais aussi d'héroïsme», dit la comédienne, en faisant référence à l'enlèvement fort médiatisé de la travailleuse humanitaire. «Je trouvais que derrière ça s'effaçait toute la cause pour laquelle les gens se mobilisent.»

La parole aux enfants

Stéphanie Lapointe et ses compagnons ont également voulu donner une voix aux enfants, dont plusieurs sont nés dans les campements et ne connaissent aucune autre réalité que ce «milieu chaotique». Au moyen d'appareils photo jetables, et selon l'idée à la source du documentaire Born into Brothels, ils leur ont demandé d'immortaliser leur vie dans les camps. Sur les 300 clichés tirés de l'opération, elle en a sélectionné une vingtaine. Quelques-unes ont été ajoutées à l'exposition qu'accueille le hall de l'hôtel de ville de Montréal jusqu'au 22 août prochain, dont les profits de la vente de toutes les photos seront versés à l'UNICEF.

«Tu sais, Jane Birkin [qui milite pour l'opposante birmane et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi] dit que c'est la curiosité qui va changer le monde», rapporte la jeune femme, qui ouvrait le spectacle de la grande dame aux dernières FrancoFolies de Montréal. «Je trouve ça super beau. C'est le leitmotiv d'un projet comme le nôtre.»

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Sur des fils de fer

Photos du Darfour par Stéphanie Lapointe, Dominique Laurence, Eza Paventi, Stéphanie Jodoin et Jonathan Pedneault

Hall de l'hôtel de ville de Montréal jusqu'au 22 août