Voguer sur le mouvement

Serge Clément, Maison de Pierre / train Budapest-Istanbul, Hongrie, 2004, DVD (extrait)
Photo: Serge Clément, Maison de Pierre / train Budapest-Istanbul, Hongrie, 2004, DVD (extrait)

Les 20 ans de la galerie Simon Blais ne sont pas seulement l'occasion de regarder le chemin parcouru. Il y a aussi place à des premières, telle l'exposition Chemin faisant, qui réunit les photographes Bertrand Carrière et Serge Clément.

Les deux artistes et amis ont travaillé séparément, mais c'est d'un commun accord qu'ils sont arrivés avec deux projets inédits plutôt inusités quant à leur pratique habituelle: des images en mouvement. Le premier tire de ses voyages en France et en Belgique une quête des traces de la guerre 1914-1918 et le second poursuit son travail, réalisé un peu partout dans le monde, autour de la lumière aux petites heures du matin. Chemins de cendres (Carrière) et D'aurore (Clément) sont, du coup, les premières oeuvres de facture «vidéo» exposées chez Simon Blais.

En apparence, le travail de Serge Clément est celui qui devrait susciter le plus d'intérêt. Le photographe a opté pour une manière déviante, basée sur le montage d'images fixes. Il explore les techniques, mélange savamment la fixité de ses clichés avec l'idée du mouvement, de l'écoulement du temps créé par la succession des images. Par contre, l'effet s'estompe vite. Et l'exercice s'avère lourdaud puisque les fonctions techniques (le fondu, la superposition) non seulement n'ajoutent rien aux photos, mais les rendent illisibles dans certains cas.

L'expo Chemins de cendres, de Bertrand Carrière, semble au premier abord moins originale. La dualité images en mouvement (écran de gauche) versus plans fixes (à droite) a des airs de déjà-vu. Au bout de neuf minutes de projection, ce sont néanmoins d'innombrables oppositions, entre la machine et la nature ou entre l'idée que l'on se fait du progrès (on bouge, on avance) et les clichés de l'arrêt (la nostalgie, la mort, le passé), qui enrichissent ce documentaire poétique.

Ce projet est le résultat du mouvement, du temps qui file. Comme un TGV, ou comme le doux balancement des feuilles d'un arbre. Tout dépend de la manière de le voir, de l'entendre même, Carrière exploitant à merveille le volet sonore de cette expo.

À gauche, les images défilent au rythme d'un train; à droite, les plans fixes se succèdent. Tout est question d'illusion. Dans le premier cas, c'est le mouvement du train qui crée un sens. Les fenêtres servent d'écran, une fois de plus. À l'intérieur, dans le wagon, les gens, immobiles, semblent en attente, qu'ils dorment, lisent ou... tiennent la caméra.

Dans le second cas, c'est l'immobilité de l'appareil photo qui donne l'illusion que le temps s'est arrêté. Il n'en est rien, puisque la vie suit son cours: la verdure ici, des oiseaux là, même l'ombre d'un individu. La trace humaine fait partie de ce paysage, à travers les ruines d'abris-bunkers et les tombes de soldats. Comme si la guerre s'inscrivait dans la mémoire en tant que vieille souche: elle est à la base de notre époque, mais moins visible, recouverte par les nouvelles générations.

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Collaborateur du Devoir

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Chemin faisant

Bertrand Carrière et Serge Clément, Galerie Simon Blais, 5420, boulevard Saint-Laurent

Jusqu'au 1er août