Québec - Inconfort

Québec — Ce tête-à-tête avec des personnages grandeur nature sculptés dans le bois et coiffés d'un masque de lapin ou d'un panache d'orignal produit une impression saisissante. Avec ses imposants doubles immobiles, le sculpteur Jean-Robert Drouillard exprime le vide et le ridicule de l'être humain. Exposée jusqu'au 24 mai à la galerie Orange, son étonnante oeuvre place le visiteur dans un inconfort humoristique et surréaliste.

«Je me suis inspiré du lapin blanc qui attire Alice derrière le miroir, confie l'artiste. Mes sculptures sont des personnages auxquels j'attribue des costumes — pantalon de travailleur bleu, bottes Caterpillar ou débardeur blanc — de sorte qu'ils reflètent la culture du prolétariat américain.» S'il a fait de l'autoreprésentation la clef de voûte de son travail par facilité, Drouillard y voit aussi l'expression du narcissisme ambiant. «Je me raconte dans ces histoires parce que je suis le modèle immédiatement disponible, mais ce qui importe, c'est l'émotion ressentie par ceux qui regardent.»

Difficile de rester indifférent à cet enfant à la triste posture dont le visage est escamoté par une tête de renard. Faisant face à une nuée de corbeaux, il évoque volontiers les personnages des dessinateurs Juanjo Guarnido ou Jirô Taniguchi. Si Drouillard y voit un heureux mélange poétique entre le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry et le Renard de Jean de La Fontaine, le visiteur ressentira plutôt de l'oppression. «Le but, c'est de mettre mal à l'aise, ajoute-t-il. C'est facile de faire quelque chose d'esthétiquement beau pour plaire à la majorité. Ça l'est moins de créer une émotion.»

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Collaboratrice du Devoir

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