Biennale de Montréal - Une sixième, libre et audacieuse

Cao Guimarães, “Gambiarra #13”, 2005, photographie couleur, courtoisie de la Galerie Nara Roesler (Sao Paulo), BNL MTL 09.
Photo: Cao Guimarães, “Gambiarra #13”, 2005, photographie couleur, courtoisie de la Galerie Nara Roesler (Sao Paulo), BNL MTL 09.

La Biennale de Montréal aurait-elle neuf vies? Souvent mal reçue, longtemps enchaînée à un lourd déficit, tuée et enterrée plus d'une fois... La revoici pourtant. En selle pour une sixième fois, portée par le souffle de la réalité numérique. Celle qui s'affiche désormais par un logo très Web, BNL MTL, a été inaugurée hier sous un thème internaute, la «création libre».

Le peu expressif directeur du Centre international d'art contemporain et de la Biennale de Montréal, Claude Gosselin, souriait presque. Le lendemain se tenait une soirée bénéfice pour laquelle 300 billets à 250 $ l'unité ont été vendus. «Par les temps qui courent, c'est très encourageant», répétait-il, cette semaine, à l'école Bourget, son quartier général pour une deuxième biennale de suite.

Pas de déficit, soutenue par les mêmes subventions gouvernementales qu'en 2007 et... voilà qu'une Off-Biennale se montre le nez (voir autre texte). Que du bon, soutient celui qui monte des expositions depuis un quart de siècle.

Des artistes qui s'immiscent dans le marché... de l'alimentation en conserve. Le jeu vidéo haussé au rang d'oeuvre d'art. Un collectif de cinéastes qui ne fait pas du Hollywood, «ni même du cinéma d'auteur», selon Gosselin. Des propositions en évolution, jamais arrêtées, des disciplines bien confondues, une forte participation du public. La sixième Biennale, difficile à dessiner d'un trait, joue l'audace.

L'éponge

La sixième... de justesse. En janvier, le commissaire invité, Scott Burnham, quittait le navire. À quatre mois du vernissage. Et c'est l'inlassable Claude Gosselin, tel un chat qui retombe sur ses pattes, qui a tout pris en mains. Et il a mené la barque jusque-là pour cette réunion d'une soixantaine d'artistes et de collectifs. La petite histoire: le DG a fait un Bob Gainey de lui et montré la porte à Burnham.

«Le commissaire avait proposé le thème de la culture libre, mais il s'en allait de plus en plus vers le street art», explique Gosselin, invitant à aller voir le site Web de Burnham, où les interventions urbaines ne sont «jamais [qualifiées] de culture libre».

Il n'a pas tout repris à zéro, gardant deux des artistes de Burnham — le Brésilien Cao Guimaraes et le Britannique Richard Wentworth — ainsi que les trois axes «libres» mis en ligne (musique, cinéma, design). Et Gosselin, pris encore à démêler les «blogues, my face, my space...», a sagement fait appel à l'expertise montréalaise.

«Je suis l'éponge de ce qui se passe, dit-il. Montréal est le lieu du numérique. Il y a des chaires, dans les universités, sur la culture libre. On y réfléchit, à la question des droits d'auteur. Il me paraissait important d'en témoigner.»

Le processus créatif est au coeur de cette Biennale, et Internet, son poumon producteur et diffuseur. Il n'y aura d'ailleurs pas de catalogue, le site www.biennalemontreal.org jouant ce rôle.

Claude Gosselin ne fait pas de la culture libre son cheval de bataille, pas plus qu'il ne clame la mort de la peinture. Sa biennale, qui n'est pas la dernière, confie-t-il du bout des lèvres — il veut revenir à des expos annuelles, comme du temps des Cent jours d'art contemporain —, ne livre qu'un constat.

«La culture libre est une zone en définition, se défend-il, entre une culture davantage libérée des institutions [et] une culture permettant la transformation de l'oeuvre. On fait beaucoup de transgression, d'appropriation, de copier-coller.»

Libérée de ses lois et de ses règles, la culture à la sauce BNL MTL prend autant la rue comme toile de fond (oui, il y aura du street art) qu'une huile sur toile comme source d'inspiration (non, la peinture n'est pas morte). Le premier cas donne Roadsworth, figure du genre à Montréal, le deuxième, Paysages sonores, initiative musicale découlant d'une partition inspirée d'une peinture de Rick Leong.

«Quand on crée dans l'espace public, c'est une forme d'art libre. On n'est pas dans un musée, on ne s'attend pas à être vu», estime Roadsworth. Mais le graffiteur clandestin d'autrefois, désormais pris dans l'engrenage municipal, admet n'est plus si libre.

Pour Claudio Marzano, un DJ diplômé en muséologie, la culture libre repose sur le principe du «fair use» et sur la création collective. «Il faut se libérer de l'idée du génie créateur», dit celui qui admet pirater pour découvrir, et acheter ensuite. Paysages sonores n'a pour l'instant attiré qu'une vingtaine de pistes, mais qui couvrent large, de la bossa-nova au hip-hop.

Un colloque, aujourd'hui et demain, marque l'ouverture de la Biennale. Une fête célébrant les 25 ans du CIAC la clôturera. Entre les deux, l'école Bourget et d'autres lieux (la Cinémathèque, la Maison de la culture Marie-Uguay, boulevard Saint-Laurent) s'offrent comme des antennes de la liberté prise par les artistes.

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Collaborateur du Devoir

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