Ventes de printemps

Illustration Jocelyn Robert - Zorroboro impression jet d'encre sur papier
Photo: Illustration Jocelyn Robert - Zorroboro impression jet d'encre sur papier

Oboro, le centre en arts numériques de la rue Berri, célèbre ses 25 ans par une campagne de financement. Le hasard des programmations, ou des temps difficiles, veut que deux autres collectes de fonds aient cours au même moment.

Un banquet et un encan au centre Oboro, une expo-vente à la galerie B-312, une autre vente aux enchères à Plein sud, le centre d'exposition de Longueuil... En avril, ces collectes de fonds interpellent directement le collectionneur, qu'il soit occasionnel ou compulsif. En ces temps de récession, répondra-t-il présent?

«Nous sommes plus stressés que les autres années, confie Hélène Poirier, directrice générale et artistique de Plein sud. Deux facteurs nous font croire que les ventes seront moins bonnes. D'abord, il y a eu une meilleure réponse des artistes, preuve qu'eux aussi ont besoin de vivre. Et des entreprises comme Loto-Québec, qui ont les gros budgets, qui achètent les grandes oeuvres, ne nous ont pas encore confirmé leur présence.»

Plus de vendeurs, moins d'acheteurs, l'exercice biennal, prévu dans une dizaine de jours, risque de tourner court, d'autant plus que le centre doit assumer davantage de coûts. «Les commanditaires se sont montrés plus difficiles, dit Hélène Poirier. Ils nous soutiennent, mais leur contribution a diminué.»

Selon Marthe Carrier, directrice de B-312, l'expo-vente annuelle, en cours depuis mars, montre des signes de ralentissement. Elle espère que les recettes seront aussi bonnes, du moins pas pires que celles de 2008, une récolte déjà peu fructueuse, très loin du record de 2005 et les 30 000 $ amassés.

«J'ai fait une analyse rapide de nos données, avance-t-elle, alors que l'exposition Pour l'art se trouve à mi-parcours. On a vendu presque autant d'oeuvres que l'an dernier, mais on n'en est qu'à 55 % du montant global. Ça signifie que les acheteurs ont privilégié des oeuvres moins dispendieuses.»

Daniel Dion, directeur d'Oboro, croit par contre que l'art et la culture en général gagnent lorsque les gens comptent leurs sous. «C'est sûr qu'il n'est pas facile d'aller chercher des fonds, admet-il néanmoins. Mais ce sont des cycles. Et au Québec, paraît-il, la consommation culturelle a augmenté. C'est comme si, en temps de récession, on avait davantage les moyens de s'ouvrir l'esprit.»

Le cas Oboro, à 25 ans

L'optimisme semble être la philosophie de Daniel Dion et du centre dont il est l'un des fondateurs. Oboro tire d'ailleurs son nom d'un symbole mythologique appelant l'espoir. L'ouroboros, représentation d'un serpent qui se mord la queue, évoque non pas l'autodestruction, mais le cycle du temps, l'éternelle renaissance.

À Oboro, on n'organise pas qu'un simple encan. Celui prévu dans une semaine, agrémenté d'un banquet composé «des parfums et des délices les plus exquis», est le premier pan d'une campagne de financement organisée à l'occasion du 25e anniversaire du centre en arts médiatiques. L'objectif pour l'ensemble de la campagne, établi à 50 000 $, n'est cependant pas une obsession, assure Daniel Dion.

«Si on avait voulu faire de l'argent, dit-il, on aurait choisi 20 noms connus [au lieu de la centaine d'artistes connus et méconnus]. On tient une vente dans un esprit joyeux, pour célébrer d'abord et avant tout la création.»

Il faut dire qu'Oboro est un des centres les mieux appuyés par l'argent public. Si on ne tient compte que des subventions du CALQ pour le fonctionnement en 2008-09, Oboro figure dans le peloton de tête avec 172 000 $. Pour la même période, la galerie B-312 a reçu un peu plus du quart de cette somme (environ 60 000 $).

On comprend qu'une collecte de fonds ne soit pas toujours une question de vie ou de mort. L'argent amassé sous le signe du 25e printemps d'Oboro ne sera pas destiné, assure par ailleurs Daniel Dion, «à la gestion», mais à un fonds de dotation pour des «activités artistiques».

Les 100 artistes réunis, choisis pour avoir déjà eu un lien avec le centre, ont été appelés à créer un «oboro», sorte d'appellation poétique et fantaisiste désignant une oeuvre. Et l'ensemble de ces oboros, «fruits de l'imagination», peupleront la grande salle d'exposition tel un jardin luxuriant. La métaphore végétale, comme clin d'oeil au destin, Oboro la poussera jusqu'à aller planter un arbre au parc Lafontaine le dernier jour de l'exposition.

Avec tous ces oboros, B-312 et Plein sud, l'offre est plus qu'alléchante. La demande, malgré la crise, saura-t-elle en profiter?

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Collaborateur du Devoir

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Pour l'art
Galerie B-312, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, jusqu'au 18 avril.
Le 25e printemps d'Oboro
Centre Oboro, 4001, rue Berri, du 18 avril au 2 mai.

Encan Plein sud
Théâtre de la ville de Longueuil, 180, rue de Gentilly Est, le 23 avril.