Le confort et l'indifférence

Say Hello to Peace and Tranquility, 2001, installation vidéo avec son de Dagmar Keller et Martin Wittwer
Photo: Say Hello to Peace and Tranquility, 2001, installation vidéo avec son de Dagmar Keller et Martin Wittwer

Le son est-il condamné à illustrer les images en mouvement? Non, bien sûr, semblent répondre Dagmar Keller et Martin Wittwer, un duo d'artistes germano-suisse. Les installations vidéo qui composent leur exposition Messages passagers occupent tout le centre Optica. Messages passagers repose sur une habile correspondance entre ce que l'on voit et ce que l'on entend.

Inspirées par la ville, et sa diversité sonore, les trois oeuvres ont leur singularité, leur propre univers. Ave Maria se découvre casqué et branché à un petit moniteur, comme dans l'intimité d'une prière. La madone? Une fille en bikini. What You Want to See plonge les spectateurs dans le noir, les forçant à décortiquer une conversation racoleuse. Alors que Say Hello to Peace and Tranquillity, dont la mise en espace offre une perspective des plus originales, s'apprécie sur des sièges très bas, au ras du sol.

Chose étonnante pour une manifestation très sonore: les oeuvres ne se nuisent pas. Il faut dire que c'est Nicole Gingras, la commissaire indépendante de l'heure — elle a signé des expos presque consécutives au Belgo, chez Doris Kutwert à l'espace B-312, et les deux volets Observations à SBC —, qui est responsable de cette «première expo d'importance au Canada» de Keller et Wittwer.

Messages passagers s'inscrit dans Bruit et silence, un programme critique de l'urbanité mis en avant par le Goethe Institut et auquel Nicole Gingras contribue par trois expos.

Vie en milieu urbain

Les villes que filment Keller et Wittwer correspondent à la mauvaise image qui pèse sur la vie en milieu urbain. On dit que les métropoles n'ont plus d'âme, que leurs habitants ne se parlent plus, que c'est la pub qui s'impose... Loin du progrès dont rêvait la modernité, les villes demeurent néanmoins au coeur de la pensée humaine. Mais en nous tirant vers le bas.

Des oeuvres exposées, Say Hello to Peace and Tranquillity est la plus forte. Le son y joue un rôle ambigu (une musique électro-planante, à la fois sinistre et réconfortante), alors que dans les deux autres oeuvres il s'inscrit en faux, manière de montrer le cynisme de la réalité urbaine. Dans Say Hello..., la musique s'immisce parfaitement dans un lent travelling parmi les rues désertes d'un quartier résidentiel, en carton.

Le design autour de cette oeuvre — des sièges très bas, donc, mais aussi un léger rétrécissement de la salle, de l'arrière vers l'avant — instaure une étrange ambiance. Le spectateur, aussi à l'aise soit-il une fois assis, s'y trouve en déséquilibre. Certes, les artistes ne cachent pas qu'il s'agit d'une pure fiction, mais ce confort contemplatif n'est-il pas pour quelque chose dans l'évolution actuelle des villes?

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Collaborateur du Devoir

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Messages passagers

Installations de Dagmar Keller et Martin Wittwer

Optica, centre d'art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, suite 508

Jusqu'au 18 avril

À voir en vidéo