Un événement étoffé

L’exposition que présente Diagonale à partir de demain, Hyperprotection d’Anne-Marie Ouellet, impose un face-à-face avec un personnage assez grand, qu’on dirait en mouvement, reflet de la paranoïa générale. Sa combinaison, sorte de courtepoin
Photo: Jacques Grenier L’exposition que présente Diagonale à partir de demain, Hyperprotection d’Anne-Marie Ouellet, impose un face-à-face avec un personnage assez grand, qu’on dirait en mouvement, reflet de la paranoïa générale. Sa combinaison, sorte de courtepoin

Un poisson fait maison, cousu maison, pourrait vous tomber dans le dos mercredi prochain. Poisson d'avril, vous aurez compris. Blague à part, de votre cadeau pendra un message: «En avril, ne te découvre pas d'un fil.» L'adage est à prendre à la lettre. C'est que le 1er avril marque, cette année et pour les autres à venir peut-être aussi, le début du Mois des arts de la fibre et du textile.

Ce sont les artistes membres de Diagonale, centre des arts et des fibres du Québec, qui ont confectionné ce stock de poissons en tissu et qui les distribueront, incognito, dans le quartier Mile-End.

Cette activité ludique du comité RéCréation est une des 13 qui composent la nouvelle manifestation, née du besoin de faire mieux connaître la fibre comme matériau artistique. Matériau propre à la création actuelle et pas seulement lié à des pratiques ancestrales.

«Ça fait longtemps qu'on est sortis de la broderie, du tricot et de la tapisserie ancienne. Mais beaucoup de gens pensent que ce n'est que ça, que c'est réservé aux femmes, dit Stéphanie L'Heureux, directrice de Diagonale. Le textile, c'est grano, et la broderie, forcément gentil et beau. Mais, non, il y a des fois que c'est laid!»

C'est dans le but de mieux faire connaître cette réalité que tout un milieu a décidé de se regrouper pour l'occasion. Du Musée du costume et du textile du Québec (l'ex-Musée Marcil, à Saint-Lambert) à la Biennale internationale du lin de Portneuf, les efforts de promotion viennent de partout et prennent forme autant en expositions qu'en publications et conférences.

Faire tomber les préjugés, ouvrir les horizons, montrer la diversité... La mission du Mois est multiple. Le bac de poissons qui attend dans les bureaux de Diagonale en est la meilleure illustration.

Cette variété de formes et de couleurs qui pleuvra mercredi vise «à nous faire connaître et à inciter les gens à venir nous voir», dit Stéphanie L'Heureux. À adopter le tissu. En avril, ne te découvre pas d'un fil.

«Ne fais pas trop de jeux de mots avec ça, mvertit-elle. On les a souvent entendus, du genre: "Vous tissez des liens entre les communautés." Les fibres font tellement partie de nos vies que ça se reflète dans nos expressions.»

Le conseil révèle un fond de vérité. Le textile, par le vêtement, mais pas seulement, est si présent dans notre quotidien qu'on ne le voit plus comme pouvant appeler l'imaginaire, évoquer une fabulation.

L'exposition très science-fiction que présente Diagonale à partir de demain dans le cadre du Mois, Hyperprotection d'Anne-Marie Ouellet, tape pourtant dans le mille. Une architecture labyrinthique, des bâches d'un orange lumineux, pousse le visiteur vers une autre dimension. Et impose un face-à-face avec un personnage assez grand, qu'on dirait en mouvement, reflet de la paranoïa générale. Sa combinaison, sorte de courtepointe industrielle qui le couvre de la tête aux pieds, le rend autonome et le coupe du monde.

«Cette surprotection est dérisoire, commente l'artiste en terminant le montage. Elle protège, mais elle est tellement peu commode.»

Ici, le tissage, bien présent, n'est pourtant pas très apparent. Anne-Marie Ouellet admet avoir appris il y a deux semaines qu'elle serait associée à la fibre. Mais elle ne se considère comme une artiste textile. Ça fait partie de sa production, comme de sa vie, elle qui coud depuis toujours, à la maison, pour la troupe de théâtre du cégep. C'est son père qui lui a d'ailleurs appris les rudiments de la machine.

Fibre optique, fibre électronique, fibre sensible (le cheveu), le vocabulaire traduit bien cette diversité. Pour Stéphanie L'Heureux, ce qui caractérise toutes ces variantes, c'est l'enchevêtrement. «En vidéo, lorsque les images s'entrecroisent, ce sont des fibres. »

Le Mois des arts de la fibre et du textile prend place ailleurs qu'au Mile-End, et au-delà de ce(s) poisson(s) d'avril. Le Musée du costume et du textile du Québec accueille une expo réunissant 30 artistes du Québec, du Canada et du Pays de Galles.

Les deux écoles dans le domaine, le Centre design & impression textile de Montréal et l'Université Concordia, seule université québécoise à en offrir un programme, y participent. L'une avec trois journées portes ouvertes (23, 24 et 25 avril), l'autre en accueillant plusieurs événements, dont la remise des prix Diagonale à des finissants du baccalauréat.

La revue Vie des arts, elle, lancera son numéro spécial au cours du festival. Et comme le fil est quelque chose qui s'étiole, le Mois aura son extension cet été, à Portneuf, avec la Biennale internationale du lin.

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Collaborateur du Devoir

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- Diagonale, 5455, avenue De Gaspé, espace 20, www.artdiagonale.org
1 commentaire
  • Rafik Berzi - Inscrit 28 mars 2009 09 h 07

    Fibre et Art - On l'oublie souvent et pourtant

    Pour ceux qui n'ont pas vu une exposition du centre Diagonale, il faut y aller. Le Musée du costume et du textile se trouve à St-Lambert et cette exposition que j'ai eu la chance de voir à Québec nous donne un aperçu de ce qui peux ce faire en art textile.