La SQ et la GRC créent une nouvelle équipe de «Colombo de l'art»

Les policiers avaient déballé hier des preuves tangibles de l’efficacité de leurs interventions au cours des derniers mois, entre autres plusieurs toiles contrefaites imitant la manière de peintres québécois.
Photo: Jacques Nadeau Les policiers avaient déballé hier des preuves tangibles de l’efficacité de leurs interventions au cours des derniers mois, entre autres plusieurs toiles contrefaites imitant la manière de peintres québécois.

La police de l'art prend du gallon. La Sûreté du Québec annonce officiellement la formation d'une nouvelle équipe d'enquête spécialisée dans la lutte à la criminalité liée à l'art. Vol, recel ou contrefaçon occupent quatre enquêteurs, dont deux membres de la Gendarmerie royale du Canada intégrés à la structure unique en son genre au pays.

La présentation de l'équipe à la presse a eu lieu hier matin, au Musée des beaux-arts de Montréal. Les policiers avaient déballé des preuves tangibles de l'efficacité de leurs interventions au cours des derniers mois, soit plusieurs toiles contrefaites imitant la manière de peintres québécois (Borduas, Riopelle, etc.) et trois objets de bronze volés, une plaque commémorative, un buste et une grande tête de Jean de Brébeuf arrachée au prestigieux collège montréalais portant son nom.

«Au Québec, on se situe très avantageusement par rapport au reste du monde: on a un taux de récupération de 15 % [des oeuvres volées] alors qu'ailleurs, ce taux oscille autour de 8 ou 9 %», a noté Michel Forget, inspecteur chef de la section des crimes économiques de la SQ et à ce titre grand patron de la nouvelle entité. «Mais il faut encore mieux protéger notre patrimoine, notamment parce que les organisations criminelles s'y intéressent de plus en plus.»

Arrestations et saisies

La nouvelle mécanique policière prend le relais du travail pionnier du sergent Alain Lacoursière, le «Colombo de l'art», actif pendant des années au sein du Service de la police de Montréal. Le pionnier en matière d'enquête sur les crimes artistiques a maintenant pris sa retraite. Les agents de la SQ et de la GRC continuent d'ailleurs à utiliser le système de diffusion de l'information sur les vols art.alerte@surete.qc.ca mis en place par leur prédécesseur. Plus de 50 000 destinataires du monde reçoivent le bulletin numérique.

Depuis 2004, la SQ affirme avoir traité environ 450 dossiers de crimes impliquant des oeuvres d'art et procédé à une vingtaine d'arrestations, en plus d'avoir saisi 150 pièces, vraies ou fausses, d'une valeur marchande avoisinant les deux millions. Le nouveau quatuor a élargi ses horizons d'action en concluant des ententes de collaboration avec l'Agence des services frontaliers du Canada et Interpol, la police internationale.

Les deux pays les plus touchés dans le monde par la criminalité artistique demeurent la France et l'Italie, mais la mondialisation favorise aussi l'expansion de ce domaine de la criminalité. Le site interpol.int indique d'ailleurs des centaines de cas concrets, par exemple celui de l'Allégorie de la Terre, une petite toile de Brueghel retrouvée l'été dernier à Marseille.

Des accusations seront portées très prochainement dans les deux cas québécois présentés hier. Le faussaire présumé, Richard McClintock, 50 ans, de Québec, a été arrêté le 21 janvier. Il tentait d'écouler ses copies, franchement assez médiocres, auprès de différentes galeries de la région de la capitale.

Dans l'autre dossier, le 11 novembre dernier, l'équipe intégrée, conjointement avec la Sécurité publique de Saint-Eustache, a arrêté Christian Boyer, 28 ans, voleur présumé de monuments et de sculptures en bronze. Le résidant de Laval aurait commis les vols dans des parcs, des institutions et des édifices en construction. Il revendait les sculptures et les plaques commémoratives à des marchands de ferraille qui en récupéraient le bronze. La destruction des pièces fait que M. Boyer a été accusé de vol, de recel mais aussi de méfait. Par contre, rien ne semble lier ce malfaiteur au racket de plaques de bronze qui a touché Montréal au cours des dernières années.

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