Les 10 meilleurs moments en arts visuels en 2008 - Urbanité, rock, bémols et remous

Un moment de l’exposition Prenez soin de vous, le projet à la fois démesuré et intimiste de l’artiste française Sophie Calle.
Photo: Un moment de l’exposition Prenez soin de vous, le projet à la fois démesuré et intimiste de l’artiste française Sophie Calle.

De l'exposition Warhol en passant par diverses expositions qui contribuent à remettre en question notre perception de la ville, l'année 2008 aura aussi été marquée par des changements de tête dans les grandes institutions. Nos dix moments forts de l'année, en guise de bilan.

1. Retracer la peinture, Stéphane La Rue, galerie de l'UQAM. Ce solo, sorte de bilan de mi-carrière, est l'explosion, toute en retenue, d'un savoir-faire basé sur des moyens aussi peu sophistiqués qu'un trait de crayon, un coin de papier replié ou un bout de ruban masqué. Pilier de l'axe du minimum, adepte du geste le plus simple, La Rue exploite depuis une quinzaine d'années le potentiel, et la musicalité, d'une feuille de papier ou d'une planche de bois. Avec lui, le plus monochrome des tableaux ne fait pas dans la redite.

2. Prenez soin de vous, Sophie Calle, DHC/ART. En fait, c'est toute l'année de la fondation du Vieux-Montréal qui est à retenir, s'éloignant du prétentieux et du superficiel de son expo inaugurale de l'automne 2007. Entre deux expos fortes en citations (la thématique Reconstitutions et Replay, de Christian Marclay), il y a le projet à la fois démesuré et intimiste de Sophie Calle. Un courriel de rupture décortiqué en 100 versions n'aurait pas été aussi haletant sans le doigté de l'artiste française. Et il s'adapte fort bien à ce lieu si inusité pour exposer de l'art qu'est la fondation DHC.

3. La Triennale québécoise, Musée d'art contemporain. L'événement monstre tant attendu, voire souhaité, ne déçoit pas, malgré quelques bémols. La note est à la fête, tant mieux. L'instigateur de cette chose, Marc Mayer, parti à Ottawa, le MAC tiendra-t-il sa promesse de ramener la célébration en 2011? À suivre. Notons, sinon, que dans un exercice similaire, le Musée national des beaux-arts du Québec réussit un meilleur coup, plus cohérent, avec l'expo C'est arrivé près de chez vous.

4. Les Promenades électriques, Christina Kubisch. Autre invitation à vivre la ville autrement, cette expérience auditive au coeur du Montréal électromagnétique détonne de la programmation des arts dits visuels. Même quand ceux-ci se font très musicaux, comme cet automne. Le projet de cette artiste allemande, invitée par le Goethe Institut, s'inscrit, il est vrai, dans la veine de l'art de la déambulation, mais le portrait de Montréal qu'elle propose n'est pas moins décoiffant. Bonne nouvelle: le Goethe a acheté deux casques d'écoute à Kubisch, question de garder ce parcours urbain audible à l'année longue.

5. Espace mobile, centre Vox. Une autre voie fortement empruntée en 2008, celle questionnant la ville et les manières d'y vivre, de la vivre, donne bon nombre d'expos, dont l'actuelle Actions au CCA. Mais celle qui se démarque, tant par sa sobriété que par sa facture moins universelle, se déroule au printemps. Espace mobile met le doigt sur un bobo très local, le centre-ville de Montréal et son futur Quartier des spectacles. Les sept artistes réunis appellent tant à l'ouverture d'esprit qu'à la valorisation de la teneur nomade et changeante d'une zone urbaine.

6. Warhol, le rock ou Marclay? L'automne très musical qui s'abat sur Montréal en fait entendre de toutes les couleurs. S'il fallait en choisir un parmi ces déploiements qui jouent dans la démesure, lequel retenir de ceux du MBA, du MAC ou de la fondation DHC? Warhol Live. La seule expo maison des trois, oeuvre d'une équipe dirigée par le Musée des beaux-arts, elle a le mérite de dépoussiérer l'image d'une icône, même si, au bout du parcours, elle nous fait retomber dans ses clichés de célébrités.

7. Tapis de sucre 3, Aude Moreau, Fonderie Darling. Ce troisième tapis confectionné par l'artiste est un des coups fumants de l'année. Créée et déroulée pour et dans la grande salle de la Fonderie Darling, l'oeuvre habite l'endroit comme aucune autre. À ras le sol, fragile au point qu'un simple objet rompt sa parfaite harmonie, le tapis a des résonances tant matérielles qu'historiques et politiques. Soulignons aussi les solos de Massimo Guerrera dans cette même Fonderie, de Manon Labrecque à Dazibao et de François Morelli, celui-ci dans un lieu inusité, le 23e étage d'un gratte-ciel du Vieux-Montréal.

8. Inspirations, rue McGill College. C'est sous ce titre que le Musée McCord tient pour le troisième été une exposition de photos en plein air. Elle puise dans le même fonds William Notman, tout en incluant les oeuvres d'une vingtaine de photographes universitaires. Cette rencontre autour du portrait révèle des artistes prometteurs (Laurie et Hanna Kang, Meera Margaret Singh, Véronique Ducharme... ) et conforte le Musée McCord dans son rôle de musée montréalais de la photographie.

9. IKT. Fin mai, cet obscur acronyme chapeautant la crème mondiale des commissaires et conservateurs de musées crée des petits remous. D'abord avec la réapparition publique de Chantal Pontbriand, la contestée directrice de feu la revue Parachute, qui coordonne la venue à Montréal de l'IKT. Mais aussi parce que tout l'art contemporain en ville s'arrange pour accueillir ces gens. Les portes ouvertes qui s'organisent dans le Mile-End auront été le pic d'une drôle de fin de semaine. Une question toutefois: à qui aura servi tout ce brouhaha?

10. Les têtes de nos institutions changent. Il y en a du mouvement en 2008, du Musée national des beaux-arts du Québec, où Esther Trépanier prend la relève de John Porter, au Centre de design de l'UQAM, où l'artiste Angela Grauerholz succède à Marc Choko. Mais la grosse nouvelle demeure la récente nomination de Marc Mayer comme directeur du Musée des beaux-arts du Canada, après quatre ans passés au Musée d'art contemporain. À Ottawa, le départ attendu, et souhaité, de Pierre Théberge laisse présager un meilleur climat. Le bonheur du MBAC fait cependant le malheur du MAC, qui, décapité, se trouve une fois de plus en quête de la perle rare. Au tour d'une femme?

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Collaborateur du Devoir