Arts visuels - La minute de gloire de la pochette d'Andy Warhol

Pochette du disque de John Lennon Menlove Ave., 1986
Photo: Pochette du disque de John Lennon Menlove Ave., 1986

S'il ne devait y avoir au pied du sapin qu'un seul bijou, ce devrait être celui-ci. Un objet unique, aussi unique que peuvent l'être les multiples oeuvres signées Warhol. Ce bouquin monstre, porté par la griffe du maître pop, est dédié à une part méconnue, sinon sous-estimée, de son oeuvre. Et en plus, il est fait maison.

Andy Warhol. Les pochettes de disques 1949-1987 n'est en réalité que le second tome du coffret lancé à l'occasion de l'exposition Warhol Live, dont le Musée des beaux-arts est en grande partie l'instigateur. Comme le premier tome n'est que le catalogue accompagnant l'expo (juste ça, avec ses 290 pages), on ne vantera ici que le volume exclusif aux disques.

Aux disques? Non, aux pochettes. Il ne peut y avoir d'objet aussi peu valorisé que la pochette de disque. Elle est pourtant le premier trait de cette chose musicale, sa principale vitrine, censée la vendre, happer le mélomane. Sa traduction visuelle, matérielle. En d'autres mots, son meilleur résumé.

Chez Warhol, dont la carrière est jalonnée d'expériences les plus diverses, la pochette de disque apparaît comme un liant, un emblème de son intérêt pour tout ce qui est industrie. De son premier contrat en 1949 (un concert de «musique mexicaine») à son dernier en 1987 (un gala pour la lutte contre le cancer), Andy Warhol aura illustré une cinquantaine de disques. Le volumineux document du MBA a ceci de précieux qu'il s'attarde à chacune des 51 pochettes — il porte d'ailleurs l'étiquette dorée de «catalogue raisonné».

Chaque pochette a droit à sa page de gloire, quelle que soit sa notoriété historique ou publique. La banane illustrant le microsillon du Velvet Underground, la fermeture éclair du Sticky Fingers des Stones ou la ballerine du Lac des cygnes de Tchaïkovski sont sur un pied d'égalité. Chacune d'elles est commentée par un de leurs plus fervents admirateurs, Paul Maréchal. C'est lui, historien de l'art et conservateur d'une collection d'entreprise montréalaise, qui est derrière ce projet de pochettes. Une grande partie de celles exposées au MBA lui appartiennent.

La mise en pages, elle, met amplement en valeur la signature Warhol, les recto-verso de la pochette se suivant sur la même feuille. Le format du livre simule sinon le classique carré de la couverture cartonnée du disque.

Ouvrage de référence, cet objet est autant un livre d'art que de musique. De l'histoire éclatée de la musique. D'une histoire de l'art, ou du design graphique, très particulière, rarement abordée, pour ne pas dire jamais. Il vaut à lui seul l'achat du coffret Warhol mis en vente rue Sherbrooke.

***

Collaborateur du Devoir

***

Andy Warhol

Les pochettes de disques 1949-1987

Musée des beaux-arts de Montréal

Montréal, 2008, 242 pagess

À voir en vidéo