Arts visuels - Buren, l'étranger

Le Musée national des beaux-arts du Québec offre une rare vitrine à l’artiste français Daniel Buren avec son projet de C’est arrivé près de chez vous. «Ce n’est pas fréquent, quand un pays organise une manifestation nationale, d’inviter u
Photo: Le Musée national des beaux-arts du Québec offre une rare vitrine à l’artiste français Daniel Buren avec son projet de C’est arrivé près de chez vous. «Ce n’est pas fréquent, quand un pays organise une manifestation nationale, d’inviter u

Québec — Le Musée national des beaux-arts du Québec accueille une nouvelle intervention de Daniel Buren, artiste français réputé mondialement pour son travail in situ. Le coup est plus discret que certaines de ses transformations récentes, comme celle au Centre Georges-Pompidou, en 2002. Mais Buren marque bien de son empreinte l'exposition C'est arrivé près de chez vous. L'art actuel à Québec, inaugurée hier.

Censée clore les célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, C'est arrivé près de chez vous se pose comme un reflet de la vitalité de la ville en matière de création actuelle. Un projet noble — et monstre — qui réunit une cinquantaine d'artistes ayant un lien étroit avec Québec, parce qu'ils y sont nés, y ont fait leurs études ou ont marqué la vie artistique de la capitale.

Cette formidable et rare vitrine offerte par un musée national pour l'art local n'est pas sans offrir un joli paradoxe: l'oeuvre la plus visible, à découvrir dès le hall d'entrée du musée, est de Daniel Buren, l'«étranger». Ce n'est peut-être qu'à Québec que ce genre de chose arrivent.

«C'est un honneur, disait-il hier, lors de la visite de presse, d'être de cette expo sur la scène québécoise. Ce n'est pas fréquent, quand un pays organise une manifestation nationale, d'inviter un étranger. Ça m'a touché d'être accepté dans un endroit qui n'est pas le mien.»

Nathalie de Blois, la conservatrice en art actuel et commissaire de l'exposition, défend bien le principe de cette déviation. Elle explique le choix d'inclure Buren, ainsi que Michael Snow, le seul autre artiste hors Québec, par une volonté de s'affranchir de l'idée que l'identité d'une communauté tient à un seul trait local. «La vitalité d'une ville, soutient-elle, tient à sa capacité à accueillir des gens, à réagir avec eux.»

Daniel Buren, lui, semble très l'aise avec cette ouverture, d'autant plus qu'il assure avoir apprécié ce qu'il a vu à Québec.

«C'est une expo vivante, peu répétitive, dit-il. Je n'ai pas l'impression de reconnaître un style, une école. On ne sent pas ça et ça prouve que l'activité est vraiment intéressante.»

Buren et Snow ne sont pas non plus des purs étrangers à Québec. Tous deux ont exposé en 1989 dans ce même musée, lors de l'expo Territoires d'artistes: paysages verticaux. Ils entrent donc dans cette catégorie des artistes marquants pour Québec.

C'est en pensant à son intervention «mémorable» sur les escaliers extérieurs de 1989 que Nathalie de Blois a invité Daniel Buren. Mais Buren n'a pas voulu revisiter cette oeuvre. Il a aussi «abandonné toute velléité d'avoir un lien» avec la scène locale, qu'il connaît trop peu.

Son oeuvre au MNBAQ, in situ et éphémère, tire ses origines dans l'architecture, dans le «contexte d'exposition», comme dans tout bon Buren. Il s'est attelé à exploiter un défaut commun aux musées, la rareté des fenêtres, des transparences. «J'ai voulu jouer avec [ça], explique-t-il. Je suis allé là où il y a un peu d'extérieur dans cet intérieur.»

Loin de lui l'idée de reprendre le ton de ses premières années. Buren était alors très contestataire de l'establishment, au point d'accuser les musées «de camoufler plus que de montrer». Les musées ont changé, dit-il, pour expliquer son approche plus douce. Ils n'ont plus une autorité dogmatique.

Le hall du MNBAQ — «une entrée assez folle, tarabiscotée» — est un des plus lumineux de l'institution. Son lanterneau et cette forme en losange que Buren y perçoit lui ont inspiré une utilisation de plusieurs filtres colorés. «On ne peut rien faire dans ce hall, puisqu'il sert pour des activités publiques. Alors, j'utilise beaucoup d'espace sans toucher à un centimètre du sol.» Son oeuvre, Géométries dans l'espace, envahit donc l'endroit, un peu à la manière d'interventions passées dans ce même lanterneau, comme celle de BGL notamment, très colorée aussi.

Buren est par ailleurs intervenu dans les escaliers, ceux menant aux salles de C'est arrivé près de chez vous, en reproduisant ce losange de l'entrée à sa manière, c'est-à-dire par les bandes verticales qui ont fait sa renommée. Voilà sa signature, bien qu'il n'aime pas ce terme.

«Les bandes sont comme un repère de lecture, dit-il. On peut y lire quelque chose de moi et, à partir de là, lire quelque chose par rapport au contexte. C'est comme déchiffrer une langue.»

«La signature, conclut-il, ça fonctionne comme un appât, par lequel une majorité pourra dire "Encore un Buren, c'est de la merde." La minorité, par contre, peut comprendre qu'il s'agit d'un outil.»

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Collaborateur du Devoir

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