Exposition - La peinture multi de Sottolichio

Éclatée dans sa forme, avec des matériaux mixtes (acrylique et huile) et les genres bien mélangés, la peinture de Rafael Sottolichio semble manquer, devant ce premier constat, d'un parti pris. Il n'en est rien, bien sûr, l'artiste a justement fait le choix d'explorer son art sous toutes ces facettes. La Chute, exposition qui rassemble sept tableaux à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal, est le résultat d'une peinture fort étudiée.

Présent sur la scène depuis plus de dix ans, Rafael Sottolichio a visiblement abandonné la facture hyperréaliste qui était la sienne. En fait, il l'a fait depuis longtemps. Depuis peut-être qu'il est représenté par une galerie (Orange), il a ramené ses préoccupations à un questionnement plus essentiel, voir pratico-pratique, celui du «comment faire de la peinture aujourd'hui». Sans doute avant avait-il aussi cette réflexion, mais on avait l'impression qu'il cherchait surtout à mimer la sensation du mouvement captée par un appareil photographique.

Au lieu de rester fixé uniquement sur la peinture de paysage, Sottolichio plonge désormais dans des représentations plus complexes. Ainsi, Les Sages n'est pas qu'une vue sur un secteur urbain aux prises avec un problème d'inondation (on croit reconnaître un coin de Montréal). Avec ce titre, renvoyant à la présence d'un groupe se tenant debout et serein malgré la catastrophe, le tableau a certes son envolée philosophique.

Le sujet n'est peut-être qu'une excuse (en a-t-il déjà été autrement dans l'histoire de la peinture?) pour mener à une application de la matière de manières diverses. Partout, la touche très gestuelle, des lignes dégoulinantes et un traitement plus franc et neutre se côtoient et se superposent. Cela est d'autant plus vrai dans la toile Les Autres, où une sorte d'auréole renferme des prismes chromatiques, alors que les personnages ne sont que des silhouettes mal définies.

Peinture de paysage et portraits, formalisme et lyrisme, tout ça à la fois est réévalué, remis en question. L'oeuvre de Sottolichio navigue entre les genres, entre un désir de narrer et l'obligation de mettre de la peinture sur la surface. À moins que ce ne soit le contraire: l'artiste souhaite donner libre cours à son geste, mais se sent obligé de raconter quelque chose.

On sent en tout cas que l'artiste a voulu lier toute cette anarchie visuelle. L'exposition se déroule sur fond de catastrophe, de conflits, d'errances sociales ou psychologiques. À une inondation suit un bâtiment en ruine (ou en chantier?), Les Héritiers sauvages, remarquable pour ambivalence et pour son rouge dominant. Le Procès, lui, nous situe dans une salle d'audience, mais on ne sait trop si c'est une sombre mascarade ou un carnaval festif, quelque part en tout cas pour faire de la justice la cible de bien de regards.

Si un point commun réunit ces sept oeuvres, au-delà de cette impression de commentaire social, c'est celui-là. Dans ce tutoiement de la représentation, les lieux sont indéterminés, entre l'architecture grandiose et la ruine, entre un espace terre à terre (malgré toute cette eau) et une structure flottante.

Comme beaucoup de ses pairs (Martin Bureau, par exemple, d'Orange aussi), en cette époque post-tout, il est condamné à faire du neuf avec du vieux, à puiser ici et là. Il nous le jette à la figure, comme une sorte de miroir de notre propre vie.

Réévaluer l'héritage

Dominique Gaucher est un autre peintre de cette génération qui cherche à réévaluer l'héritage de sa discipline. Ses études du portrait l'ont conduit à la série Sisyphe(s), sept huiles (sur bois ou sur toile) exposées en préambule à la grande salle de la maison de la culture.

Ses personnages, inspirés du mythe de Sisyphe (qui travaille sans relâche pour placer un rocher au sommet d'une colline), sont une sorte de représentation de la société contemporaine obsédée par le travail. Les positions et les gestes de ces ouvriers sont dénués de tout contexte (dans la série sur bois, le support est visible), rendant leur activité pour le moins étrange, sinon absurde. Petite exposition fort appropriée.

Collaborateur du Devoir

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La Chute

De Rafael Sottolichio. À la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, 465, avenue du Mont-Royal Est, jusqu'au 7 décembre.

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