Les Automatistes, prise 40 000

Ronqueralles, 1960, de Marcelle Ferron
Photo: Ronqueralles, 1960, de Marcelle Ferron

Soixante ans après sa publication, le manifeste Refus Global est plus que jamais célébré. Comme objet précieux, vendu aux enchères — la dernière vente en date, cet été, a rapporté 12 000 dollars —, ou comme prétexte à exposition. Dans ce deuxième cas, les exercices se multiplient depuis quelque temps à un tel point que lorsqu'arrive le moment de souligner le 60e anniversaire de la diatribe, on se dit... Encore?

Après la discrète exposition en musée (Refus global: 60 ans plus tard, au MBA, toujours en cours), voici un regard en galerie, plus commercial. L'exposition Les Automatistes — à la galerie Orange, antenne montréalaise des Lacerte de Québec — représente sans doute pour le collectionneur l'occasion en or de se procurer son automatiste.

L'impression, elle, est toujours la même. Faute de véritable mise au point historique, ces exercices sentent la récupération, voire l'appel héroïque. L'art contemporain québécois manque de vedettes, de grandes gueules, de leaders bagarreurs? Voici nos «révolutionnaires», ceux qui ont fait du Québec obscur et catholique de jadis une société libre et ouverte. Une exposition gentille, qui donne peu de profondeur à notre histoire de l'art.

Les Automatistes, version Orange, se résume à sept artistes (sur les 15 signataires de Refus global). Il n'est ici question que de peinture, à peu de choses près. Soit, ça se défend. Le communiqué de presse peut parler d'oeuvres marquantes exposées, les véritables bijoux sont rares — et déjà hors marché, tel Figures schématiques, un noir et blanc de Borduas (1956, collection privée). Fait à noter, excepté deux ou trois pièces précédant Refus global, l'annonçant, l'exposition porte sur la décennie suivante, les années 1950.

Le problème n'est cependant pas dans la qualité des oeuvres. Après tout, le statut de chef-d'oeuvre ne dépend pas que d'une valeur économique. Les Barbeau, Ferron, Gauvreau, Leduc, Mousseau et Riopelle exposés ici ne sont pas des croûtes. Mais c'est comme si ce lot devenait inestimable du seul fait que leurs auteurs ont signé un manuscrit fétiche. Et qu'en dehors de cette équation qui fait que automatisme égale Refus, il n'y avait point de salut.

Dans le catalogue publié pour l'occasion par la galerie Orange, Louis Lacerte semble déplorer que le nouvel ordre du politiquement correct impose une autre forme de censure. «[On y] invite les dirigeants en place à ne pas se déranger plus qu'il ne le faut», reconnaissant la stérilité des débats. «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil», conclut-il.

Difficile de voir dans cette exposition un effort pour faire changer les choses. Ou bien le galeriste a les mains enchaînées au marché — sans ça, finies les affaires —, ou bien il est complaisant envers sa clientèle et a peur de l'offusquer avec des propositions hors sentiers battus.

Des expositions sur le groupe automatiste, comme sur n'importe quel courant passé, ne tiennent qu'avec une perspective historique. Les rétrospectives, individuelles pour la plupart, ont d'ailleurs donné lieu à de riches expériences, certaines déjà lointaines: Borduas et Riopelle au Musée des beaux-arts de Montréal, Mousseau et Ferron au Musée d'art contemporain, Perron et Leduc, au Musée national des beaux-arts du Québec. En galerie, souvent, les présentations de groupe ne font qu'effleurer le sujet.

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Collaborateur du Devoir

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Les Automatistes

Galerie Orange,

81, rue Saint-Paul Est, jusqu'au 28 septembre

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