Les instants décisifs du photographe Larry Towell

Larry Towell a d’abord passé dix ans à suivre les mennonites en Ontario.
Photo: Larry Towell a d’abord passé dix ans à suivre les mennonites en Ontario.

Larry Towell parcourt le monde avec pour seuls compagnons un petit Leica et un discret appareil panoramique suédois. Chapeau mou sur la tête, bretelles pour tenir ses pantalons mal taillés, il est le seul Canadien à appartenir à la célèbre agence de photographes Magnum. Towell aurait aimé être chanteur, poète, écrivain, peintre... «J'ai tout essayé», résume-t-il le plus simplement du monde. Ce fut la photo. En noir et blanc.

Un jour, il envoie des clichés de ses soeurs. Il les a prises dans la lumière douce qui baigne des bâtiments abandonnés des environs. À Paris, le collectif fondé par Henri Cartier-Bresson se reconnaît immédiatement dans ces photographies. Le voilà donc embarqué, presque malgré lui, dans l'univers de la photo humaniste.

Tout comme Cartier-Bresson, maître absolu de l'école humaniste, Towell affirme à plusieurs reprises être en quête de l'«instant décisif», cette quête du moment charnière, seul capable de révéler tout à la fois ses propres émotions et celles du monde qui l'entoure. Cette quête incessante touche ici au grand art.

Homme sensible, très solidement attaché à son univers terrien de l'Ontario rural, Towell a d'abord beaucoup photographié sa famille. Sa femme, ses enfants, la vie simple de la campagne sont peu à peu apparus, sous son oeil terriblement sensible, comme des références dont les perspectives semblent universelles. Mais Towell est aussi à son aise dans d'autres registres, tant au Mexique et en Palestine qu'au Salvador.

Il a d'abord passé dix ans à suivre les mennonites en Ontario. On le trouve ensuite plusieurs années en Palestine, en Israël, à Gaza. Pendant une décennie encore, il oeuvre auprès des ouvriers mexicains illégaux, captant sur la pellicule leur vie difficile, loin des leurs, loin de leur monde. Les notions de conflit et de frontière continuent à ce jour de fasciner ce photographe hors du commun.

Le front brûlant des drames humains n'est pas pour autant son univers de prédilection. Towell guette plutôt les situations fragiles qui lui permettent de jeter un éclairage sensible sur une réalité humaine qu'il commente d'ailleurs très volontiers tout au long de ce documentaire signé par la Montréalaise Mary Ellen Davis.

Ce photographe ne traque pas le quotidien à la façon des photoreporters. Il cherche plutôt à traduire la marque naturelle de l'histoire et du temps sur la vie humaine. Même lorsqu'il se trouve face à de simples paysages plutôt que devant des humains, son regard trahit encore la force d'une conviction par rapport à la course folle du monde.

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TERRITOIRES

Documentaire de Mary Ellen Davis. Québec, 2006, 64 minutes. V.o.: Ex-Centris.