Guy Cogeval s'installe officiellement à la tête du Musée d'Orsay, à Paris

Paris — Après plus de huit ans à la tête du Musée des beaux-arts de Montréal, Guy Cogeval a officiellement pris lundi matin la direction du Musée d'Orsay à Paris, où il compte bien mettre à profit son expérience québécoise.

«Le Musée des beaux-arts m'a tout apporté, a reconnu Guy Cogeval dans une de ses premières entrevues. J'ai pu y monter les expositions dont je rêvais. Si je dois remercier Montréal, c'est pour m'avoir permis de faire ce qui était en moi et que je n'aurais peut-être pas pu exprimer si j'avais mené une carrière linéaire dans les musées français.»

Nommé pour trois ans, Guy Cogeval, 53 ans, est le quatrième directeur du Musée d'Orsay, inauguré en 1986. En quittant Montréal pour la rive gauche de la Seine, ce spécialiste du XIXe siècle et d'Édouard Vuillard boucle la boucle, puisque c'est là qu'il avait commencé sa carrière de conservateur, pendant les travaux de transformation de la gare d'Orsay.

«J'avais besoin de revenir en France et d'être entouré par l'architecture de Paris. Ma fenêtre donne sur les Tuileries. Ça m'aide à tourner la page sur le Canada et le Québec», dit-il.

Au Musée d'Orsay, l'un des plus beaux du monde, Guy Cogeval entend à l'évidence garder le style qui l'a si bien servi à Montréal. À la tête d'une institution de cette importance, «il faut rester soi-même», souligne-t-il. Il continuera donc à «pratiquer le contrepoint», comme il l'avait fait lors de ses expositions sur Walt Disney ou Alfred Hitchcock, présentées au Grand Palais et au Centre Pompidou.

«Quand je m'intéresse à des créateurs comme ceux-là, c'est pour montrer que les racines de leur art plongent dans le XIXe siècle, dont ils sont les héritiers», explique Guy Cogeval.

Sa première programmation vraiment personnelle sera en place en 2009-10. Mais déjà Guy Cogeval annonce la couleur, évoquant une grande rétrospective Monet, qu'il rêve de voir entrer au Panthéon, une exposition sur Louis II de Bavière, «qui a défendu Wagner», et une autre sur Verdi «qui concevait l'opéra comme une oeuvre d'art et était très lié à certains peintres».

Guy Cogeval veut aussi redonner sa place à l'impressionnisme, dont le Musée d'Orsay possède la plus grande collection au monde. «Il y a de moins en moins de thèses et de travaux menés en France sur cette période majeure de notre culture. Le Quai d'Orsay doit redevenir un centre de recherches sur l'impressionnisme.»

Comme tous les directeurs de musées nationaux français, Guy Cogeval sera par ailleurs appelé à dénicher de nouvelles sources de financement pour son institution. Le financement privé choque encore dans les milieux culturels français, mais il n'est plus tabou depuis que le Louvre a vendu son savoir-faire et sa «marque» à Abou Dhabi.

Question de génération et de perspective, cette approche ne pose pas de problèmes à Guy Cogeval. À Montréal, il a pris l'habitude de travailler avec le secteur privé.

«Le Musée des beaux-arts est un musée privé, a-t-il rappelé. Ça m'a appris à fonctionner non pas à l'intérieur de la fonction publique et d'une certaine hiérarchie, mais avec une assez grande liberté de manoeuvre et l'exigence d'aller chercher de l'argent pour réaliser mes rêves.»