Galeries - Une Manif et bien des doublés

Commençons par le must. Quitte à jouer les désagréables: en cette rentrée hivernale hors musées, parlons de la... sortie — fin de saison. Et ça se passera à Québec (quel affront!). La Manif d'art 4, «la biennale en art actuel de Québec» (début: 1er mai), ne dévoilera sa programmation qu'en février, mais on peut l'annoncer comme le rendez-vous à ne pas rater.

La manière reste la même — expo centrale, avec son habituelle section «relève» (commissaire invitée: Lisanne Nadeau), pléiade d'expos satellites par une trentaine de «collaborateurs» —, le thème annoncé («la rencontre») sera rassembleur et propre à la création d'aujourd'hui. Cette quatrième édition devrait confirmer que la Manif est désormais la principale biennale au Québec.

Autrement, l'hiver des galeries, centres d'artistes et tutti quanti se fera sur la note du coup double. Plusieurs artistes figurent doublement au calendrier, sans compter que d'autres, en vedette à l'automne, reviennent avec des nouveaux solos — Dil Hildebrand et sa peinture, Adad Hannah et ses vidéos très lentes (les deux chez Pierre-François Ouellette Art contemporain), Emmanuelle Léonard et sa photographie titillant le documentaire (Donald Browne).

De tous ceux-là — Michael A. Robinson (Pierre-François Ouellette et Expression, centre d'exposition de Saint-Hyacinthe), Marc Dulude (Circa et Plein Sud), Gwenaël Bélanger (galerie de l'UQAM et Graff), Charles Stankievech (Donald Browne et Fonderie Darling), Éric Cardinal (Clark et Verticale) —, retenons la fin du cycle Chrysalides auquel Patrick Bernatchez mettra un terme, d'abord à Québec (Îil de poisson, janvier), puis à Skol (avril).

La peinture de Fernand Leduc sera aussi doublée, d'abord chez Roger Bellemare (mars), puis à Graff (mai), où l'artiste de 91 ans (!) dévoilera une production réalisée au Mexique, en 2007. Il n'est pas le seul à rester actif parmi nos aînés. Nouvelle à la galerie Simon Blais, Françoise Sullivan y va aussi, dès janvier, de tableaux de 2007. Au même moment, la galerie René Blouin expose Betty Goodwin, bien qu'avec du travail des années 1970 et 1980.

Que de solos !

Parmi les autres valeurs sûres, soulignons la performeuse Karen Trask, inspirée par l'Ulysse de James Joyce (à La Centrale, janvier), les toujours fascinants paysages de

MacLean (Roger Bellemare, février), la peinture minimaliste de Stéphane La Rue (galerie de l'UQAM, février) ou la vidéo très musicale de Nelson Henricks (Articule, mars). La nouvelle production photo de Pascal Grandmaison est quant à elle au menu de René Blouin (mars).

Notons aussi le retour de Pierre Blache, qui dévoilera un projet photographique sur les petits jardins privés à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal (avril). L'univers pop et irrévérencieux de Céline B. la Terreur (Joyce Yahouda, avril), les grands formats de Jean-Sébastien Denis, qui contribue au nouvel élan de la peinture (Simon Blais, avril), et la photo conceptuelle de Yann Pocreau, théoricien à ses heures (Lilian Rodriguez, avril), sont parmi les choses les plus prometteuses.

La galeriste Rodriguez continue d'ailleurs son renouvellement des derniers mois. Oui, elle exposera à nouveau un protégé de longue date, Trevor Gould (mars), mais elle commence l'année avec un joli trio de peintres (Suzanne Dery, Luce Meunier, Justin Stephens). Stephens exposera aussi dans le local voisin, à B-312 (février). Quant à Maude Léonard-Contant, présente chez Lilian Rodriguez à la fin de 2007 avec des bonsaïs bien québécois, elle réapparaît en solo au centre Clark (mai).

Le centre Optica, en lice pour le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal — il sera attribué le 18 mars —, a une programmation fort diversifiée. Ça vient de commencer avec la peinture naïve d'Yves Tessier (autre revenant) et ça se terminera avec Cheryl Sourkes et ses webcams.

Expos thématiques

La galerie Art Mûr et sa consoeur de Toronto, Edward Day, s'échangent leurs boutiques en ce début d'année. Rue Saint-Hubert, l'expo torontoise, Spitting Image, pose un regard sur le portrait et les questions identitaires. La galerie Leonard & Bina Ellen de l'université Concordia offre une saison toute thématique: Stop, sur la rythmicité, This is Montreal, sur le Montréal des années 1960 et 1970, puis Take Two, énième projet sur le remploi des choses. Le centre Vox présente en mars Espace mobile, autour des thèmes comme le nomadisme avec entre autres le collectif SYN, alors que la galerie de l'UQAM ferme sa saison avec Phenomena, et trois artistes traitant d'environnement (Jean-Pierre Aubé, Isabelle Hayeur, Patrick Coutu).

La carte blanche annuelle du centre Dazibao a été accordée au cinéaste Guy Maddin qui propose, avec Collage Crimes (avril), une expo entièrement manitobaine. La maison de la culture Frontenac, quant à elle, présentera en mai Domicile 08, une réunion de dix photographes.

Mais c'est vers le Vieux-Montréal que les yeux seront rivés, fin février, avec l'expo Reconstitutions. Pas tant par son thème (la citation, la récupération) ni par les artistes (Nancy Davenport et autres Stan Douglas), mais parce qu'elle se déroule à la fondation DHC/ART. Après une première expo décevante, la nouvelle adresse doit prouver qu'elle a autre chose à offrir que de jouer au m'as-tu-vu.

Enfin, soulignons une nouvelle performance fin février de Julie Andrée T., dans le cadre du volet «Le corps défiguré» du festival Vasistas, les 20 ans de la galerie Trois Points (célébrations en mai) et l'ouverture d'un local ayant pignon sur rue de l'Atelier circulaire, rue de Gaspé, pour ses 25 ans. Mais c'est la renaissance de la galerie jadis postée au centre Saydie Bronfman, désormais dénommée SBC, qui fera l'événement. Après plusieurs reports, elle doit inaugurer son local au Belgo, en mars, avec une expo internationale de photographie, mise en place par le commissaire Sylvain Campeau.

Collaborateur du Devoir