Arts visuels - La face cachée de Bob Dylan

Mais pourquoi Bob Dylan a-t-il choisi Chemnitz, l'ancienne Karl-Marx-Stadt, à la frontière de l'Allemagne et de la République tchèque, pour exposer ses travaux de peintre? Le musée d'art de cette ville industrielle de 300 000 habitants n'a pas seulement convaincu l'artiste de présenter son oeuvre; la quasi-totalité des 170 aquarelles et gouaches exposées ont été peintes pour l'occasion.

Couleur. Cette exposition est en fait le fruit d'une rencontre fortuite entre le chanteur et Ingrid Mössinger, des Kunstsammlungen de Chemnitz. La directrice du musée découvre chez un antiquaire, lors d'un séjour aux États-Unis en 2006, un livre, The Drawn Blank Series, contenant des esquisses au crayon noir et fusain réalisées par Dylan, en tournée, entre 1989 et 1992. Elle prend contact avec l'artiste, qui accepte. Seule condition: présenter son oeuvre non en noir et blanc, mais en couleur.

Les esquisses, retranscrites sur papier par procédé digital, sont toutes coloriées à la gouache ou à l'aquarelle par l'artiste, en 2007, en vue de l'exposition de Chemnitz. Le procédé permet de présenter plusieurs versions du même dessin. «Ce qui est fascinant pour le visiteur, c'est qu'il est pratiquement témoin du processus de création d'une oeuvre d'art», estime Ingrid Mössinger.

Figés. Cent quarante des 322 oeuvres ainsi produites sont exposées à Chemnitz. Les Kunstsammlungen présentent Dylan sous un jour nouveau. Car si Ingrid Mössinger est naturellement devenue entre-temps fan de sa musique, elle a délibérément choisi de ne présenter que son oeuvre picturale: la musique est absente de l'exposition.

C'est un Dylan peu connu qui est donc exposé. Les aquarelles sont comme sorties du temps: aucun mouvement, le vide, voire la mélancolie, emplissent l'espace. Dylan peint des espaces intérieurs dont les meubles semblent s'envoler, des personnages vus de dos, des paysages vus du ciel... Même ses portraits semblent comme figés. Les critiques sont unanimes: ce qu'on voit là, ce n'est pas la musique de Dylan. Les aquarelles présentées semblent proches et inconnues. Quel écho ces oeuvres auraient-elles rencontré sans le paraphe Dylan? «Visiblement, il a pris des cours de dessin», note un critique.

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