Dans le trafic

L'affaire a de quoi retenir l'attention. L'oeuvre Shared Propulsion Car (2005), de Michel de Broin, est au coeur d'une controverse. Actuellement exposée au centre d'artistes Mercer Union à Toronto (jusqu'au 8 décembre), elle a emprunté en octobre dernier, le jour du vernissage, les rues de la ville pour une virée que les policiers n'ont pas manqué de remarquer.

C'est que Shared Propulsion Car est une voiture qui est loin d'être conventionnelle. L'artiste a transformé sa Buick Regal 1986 pour ne conserver que la carrosserie. Plus de moteur, plus de suspension, plus de transmission ou de système électrique, seulement la coquille, que de Broin a toutefois munie d'un mécanisme à pédales. Avec quatre passagers à bord, quatre passagers actifs et volontaires, elle fait du 15 km/h.

C'est sur la voie publique que l'oeuvre fonctionne, elle qui est opérationnelle tout en ralentissant la circulation, elle qui ne provoque pas d'émissions polluantes mais entraîne un usage optimal de l'espace avec ses quatre passagers. Testée avec succès à New York en 2005, l'oeuvre propose une solution de rechange à la fois sérieuse et dérisoire au pétrole.

Mais dans les rues de Toronto, les autorités municipales ne l'entendaient pas ainsi. Le conducteur, complice de l'artiste, ira faire un tour devant la cour «pour avoir conduit un véhicule non sécuritaire». Il a plaidé non coupable la semaine dernière, et sa cause sera entendue le 3 avril 2008.

Selon Michel de Broin, il n'y a aucune raison valable de priver l'engin de ses sorties publiques. «Il n'est pas interdit de pédaler sur la voie publique, aucun règlement ne l'interdit. Cette voiture fonctionne sans moteur, propulsée par la volonté de puissance de ses passagers. Le policier prétend que notre voiture révolutionnaire est dangereuse, mais nous croyons que son argument ne tiendra pas devant un tribunal sérieux. Pour notre avocat, il est évident que ce sont les autres voitures qui sont dangereuses. Elles sont responsables d'accidents mortels et aussi d'inconvénients écologiques ou géopolitiques.»

Pour sauver la situation, le lauréat du prix Sobey 2007 ne compte pas faire valoir la dimension artistique de sa «voiture à propulsion partagée» (d'autres cas célèbres dans l'art contemporain se sont pourtant prévalus d'un tel critère en vue d'obtenir l'impunité devant la loi). La voiture, dit-il, «possède une efficacité poétique qui surpasse la performance des autres véhicules. Son efficacité symbolique redoutable lui permet de rivaliser avec tous les autres véhicules, et cela, sans que nous ayons eu à nous appuyer sur sa qualité d'oeuvre d'art.»

Tandis que l'affaire suscite des échanges sur Internet par la voie d'un forum de discussion, le centre Mercer Union et Michel de Broin invitent le public à être présent lors du procès à Toronto, le 3 avril 2008. Ils espèrent repartir de l'ancien hôtel de ville triomphants, en pédalant au volant de la «voiture à propulsion partagée».

Pour toute information supplémentaire, on peut contacter Dave Dyment à l'adresse qui suit: dave@mercerunion.org

Collaboratrice du Devoir