Arts visuels - Michel de Broin obtient le prix Sobey

Michel de Broin ne le savait pas encore quand on l'a joint sur son cellulaire à Halifax. Mais il appréhendait cette cérémonie à laquelle il devait assister comme on assiste à une soirée des Oscars: en compagnie des quatre autres finalistes et de l'angoisse que son nom ne sorte pas de l'enveloppe. La compétition? Non merci, pas pour lui.

Et le gagnant est... Michel de Broin. Le prix Sobey, le plus prestigieux prix en arts visuels au Canada (50 000 $, de fonds privés) et réservé aux moins de 40 ans, a été remis hier à l'artiste montréalais, figure de proue de l'art conceptuel québécois.

Comme Jean-Pierre Gauthier en 2004, c'est le représentant du Québec qui part avec le gros lot de ce prix pancanadien accordé pour la quatrième fois. Aux côtés de de Broin, figuraient cette année Jean-Denis Boudreau (Atlantique), Shary Boyle (Ontario), Rachel Viader Knowles (Prairies et Nord) et Ron Terada (Côte Ouest), dont une photo occupe depuis peu à Montréal un des panneaux lumineux du programme Plan large de la Fonderie Darling.

Quelques heures avant de savoir s'il pourrait ou non «partir pour le Sud», Michel de Broin a accepté de se livrer au jeu des suppositions. Même si, pour lui, la compétition est peu saine et qu'il essayait de penser à autre chose. «Qu'est-ce que je fais? Je regarde la télé», répond-il au journaliste qui lui rappelle dans quel bain il baigne.

«Je serai très honoré, si j'avais le prix. Je pourrais continuer mon travail, présume-t-il. Mais, avant tout, il faut saluer ce genre d'initiative. C'est un prix qui aide beaucoup les artistes, qui permet aux arts visuels d'être plus visibles.»

Avec 50 000 $, dit-il, il prendrait le temps. «Pour me concentrer et sortir un gros projet d'envergure», pour lequel il a quelques idées. Un projet pas nécessairement surdimensionné, mais qui demande plus de recherche.

Depuis quelque temps, Michel de Broin cherche à percer la scène européenne. Installé en partie à Berlin, «où je suis un artiste émergent qui doit se faire connaître», il aimerait y rester de façon permanente pour les prochaines années. Le Sobey lui facilitera sans doute la chose, bien qu'il soit convaincu qu'en notoriété, le prix ne dépasse pas les frontières canadiennes. «C'est une belle visibilité au Canada, une reconnaissance. C'est bien, puisque je ne suis presque pas connu en dehors du Québec.»

Révélé au milieu des années 1990 par le réseau des centres d'artistes, de Broin fait parler pour la première fois de lui avec Matière dangereuse, une installation mêlant pictogrammes routiers et art abstrait (Skol, 1999). L'oeuvre est emblématique de son travail, comme le démontre Jean-Michel Ross dans le dernier numéro de la revue Espace. Un travail axé sur les détournements et déplacements, clins d'oeil politiques et philosophiques.

Le jury du prix Sobey salue Michel de Broin pour le fait de soulever «des questions reliées au corps physique et social, [...] [et de parler] de résistance». «Il retourne des systèmes contre eux-mêmes pour rendre visibles leurs propriétés invisibles», lit-on dans le communiqué diffusé hier par l'Art Gallery of Nova Scotia où était dévoilé le nom du lauréat, lors du vernissage de l'exposition rassemblant les cinq finalistes.

À Montréal, la galerie de l'UQAM inaugurera jeudi l'exposition Machinations, montée par la commissaire Nathalie de Blois.

Collaborateur du Devoir