Un cadeau de Noël très spécial

New York — À l'heure où les Américains entament leurs achats de Noël, une jeune artiste new-yorkaise fait l'inverse et met sa vie à l'encan, espérant ne plus rien posséder pour les Fêtes.

Elanit Kayne, 26 ans, a entassé tout — vraiment tout — ce qu'elle possède dans une petite pièce vitrée, près de Times Square. Elle a ouvert les portes lundi et prévoit un happening de deux semaines, à vendre aux passants tous ses biens matériels. Sur les étiquettes, pas de prix mais des légendes racontant l'histoire de chaque objet ou sa provenance. Elle refuse de fixer une valeur et demande aux amateurs interloqués de proposer un prix, qu'elle accepte ou refuse.

«Je ne veux plus rien posséder», explique dans un grand sourire cette frêle jeune femme au regard brillant d'enthousiasme. Elle porte une grande salopette tachée de peinture blanche, un gilet rouge et moins d'un centimètre de cheveux bruns sur la tête. «Je veux être légère, pour être libre, pour pouvoir voir, créer.»

«J'ai aimé ces objets, ils m'ont aimée en retour et maintenant ils vont entamer une nouvelle vie. Idéalement, je voudrais n'avoir absolument plus rien. Mais vous savez, même le Dalaï Lama a un attaché de presse... Alors je vais bien devoir garder quelques papiers.»

Elle désigne un petit carton: «Tout ce que je vais conserver [ce sont] quatre T-shirts, onze [paires de] chaussettes, dix culottes, cinq soutiens-gorges. Mon appartement est vide. Je garde un manteau pour dormir dessus. Et je fais voeu de ne rien acheter avant au moins un an» — en dehors des noix et du lait de soja qui constituent son ordinaire.

Sur un portant, toute sa garde-robe. Certaines robes ont été décorées d'inscriptions au feutre noir. L'histoire de chaque paire de chaussures est inscrite sous la semelle.

Le coin cuisine: des boîtes de thé et d'infusions, avec commentaires. Un ensemble de couteaux. Une bouteille entamée d'eau de Javel («Cette odeur me rappelle quand je nettoyais la cage de ma tortue»).

La bibliothèque: Le Dalaï Lama, Pulp Fiction, Sexus d'Henry Miller, Virginia Woolf, Huxley, Orwell, Garcia Marquez. Certains livres sont commentés, d'autres pas.

La plus grande subjectivité préside à la fixation du prix: si vous pouvez convaincre Elanit que vous voulez, que vous aimez, que vous avez besoin de cet objet, elle peut descendre très bas. Si vous proposez, flairant la bonne affaire, dix dollars pour une collection de CD, elle refuse et vous fait honte à voix haute devant les autres visiteurs. Elanit demande à chacun d'écrire dans un cahier pourquoi il veut cet objet, prend une photo numérique et remet une carte postale pré-timbrée pour qu'on lui donne des nouvelles de l'objet.