Déménagement de la sculpture Calder: le débat est relancé

Commandée pour l’Expo 67, L’Homme est une sculpture stabile de 24 mètres de haut en acier inoxydable créée par le sculpteur américain Alexandre Calder, surnommé «l’oiseleur du fer» par le poète Prévert.
Photo: Pascal Ratthé Commandée pour l’Expo 67, L’Homme est une sculpture stabile de 24 mètres de haut en acier inoxydable créée par le sculpteur américain Alexandre Calder, surnommé «l’oiseleur du fer» par le poète Prévert.

L'idée de déplacer la sculpture L'Homme d'Alexandre Calder, située sur l'île Sainte-Hélène, sur un terrain vague à l'angle de l'avenue du Parc et de la rue des Pins suscite les passions dans la blogosphère. Ramenant sur le tapis la suggestion faite par Charles Lapointe, le p.-d.g. de Tourisme Montréal, en mars dernier, Michel Leblanc, un expert en marketing et médias électroniques, en a remis en créant une page sur Facebook qui invite les gens à appuyer ce projet, a rapporté The Gazette.

«Si ce déménagement se concrétisait, il offrirait une perspective et un point de vue inusité de Montréal. [...] Profitant du début des gratte-ciels et de la fin du mont Royal, des milliers de [personnes] prendraient des clichés de ce qui pourrait désormais être la signature de Montréal», écrit sur son blogue Michel Leblanc en encourageant les citoyens à diffuser et à défendre ce déménagement sur leurs blogues et sites Internet et à envoyer des courriels à la mairie de Montréal. Selon lui, cette réinstallation pourrait devenir «une signature de la ville aussi (sinon plus) importante que ne l'est le Stade olympique».

Gardons l'oeuvre là où elle est

En réaction à cette initiative, des amateurs du Piknic Électronik, qui a lieu tous les dimanches de l'été sur l'île Sainte-Hélène à quelques pas de l'oeuvre, ont rétorqué en créant à leur tour une page Facebook pour s'opposer à ce mouvement. Commandée pour l'Expo 67, L'Homme est une sculpture stabile de 24 mètres de haut en acier inoxydable créée par le sculpteur américain Alexandre Calder, surnommé «l'oiseleur du fer» par le poète Prévert.

Dans une lettre ouverte publiée au printemps dernier dans Le Devoir, les quatre fondateurs des Piknic Électronik avaient aussitôt manifesté leur désaccord envers la proposition de Tourisme Montréal. «Nous comprenons mal en quoi le fait de déménager cette oeuvre pourrait mieux servir les Montréalais et les touristes qui souhaitent l'admirer. À notre avis, l'art urbain n'est pas simplement fait pour être regardé de loin. Il est aussi fait pour s'intégrer à la vie des citoyens», écrivaient-ils.

Nicolas Cournoyer, l'un des fondateurs de l'événement estival branché, précise ne pas être l'instigateur du mouvement «contre» le déménagement. Mais ayant pris conscience du débat qui s'annonce, il réitère sa position. «On s'y est attaché [à la sculpture] au fil des ans. Ce serait une pièce maîtresse manquante à notre décor», souligne-t-il en ajoutant humblement que ses Piknics ont contribué à faire connaître l'oeuvre. «C'est noble de vouloir mettre en valeur L'Homme de Calder, mais est-ce que le déménager est la meilleure façon de faire?»

Il prend toutefois cette «polémique ravivée» à la légère. Pas question pour l'instant d'en faire un débat houleux à l'image de celui du changement de nom de l'avenue du Parc. «Pour nous, le débat reste théorique. On sera peut-être affectés s'il y a des instances qui autorisent le déménagement mais, pour le moment, nous, ça ne nous inquiète pas parce que c'est peu réaliste. Je ne suis pas sûr que la Ville soit prête à investir des milliers de dollars pour le déménagement [de l'oeuvre]», soutient Nicolas Cournoyer.

À la Ville de Montréal, on confirme que la réinstallation de la sculpture n'est pas une priorité. «Mais si des gens ont quelque chose à nous dire à ce propos, on va les écouter», indique Bernard Larin, attaché de presse au conseil exécutif.