Exposition - Entre récupération et critique

La Porte, de Catherine Bolduc
Photo: Pascal Ratthé La Porte, de Catherine Bolduc

Étrange sensation. À la sortie du métro Jean-Drapeau, aux côtés des hôtesses d'Expo 67 qu'on a ressuscitées cet été, un panneau bien en évidence annonce la tenue sur l'île Sainte-Hélène d'Artefact Montréal, la triennale de «sculptures urbaines» sans domicile fixe. Il sera son point le plus visible. Normal, c'est une pub. Étrange tout de même, d'autant qu'une oeuvre située tout près, les cubes colorés et translucides de La Fin de mon arc-en-ciel de Robbin Deyo, passe, elle, inaperçue.

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Artefact 2007
Île Sainte-Hélène, jusqu'au 30 septembre.
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À quoi s'attendre d'une exposition, même d'art actuel, lorsqu'elle dit «célébrer» Expo 67? Dont le titre, Petits pavillons et autres folies, insiste sur la division en «maisons» et le côté démesuré propre à la fête de 1967? Récupération ou critique d'Expo 67?

Artefact 2007 nage entre deux eaux. Dans le meilleur des cas, cette ambiguïté laisse les perspectives ouvertes, comme pour l'estrade en bois Sans titre d'Alexandre David. L'oeuvre, horizontale, minimaliste, s'offre à la fois comme mirador d'un lieu bucolique (sur le bord d'un étang avec vue sur L'Homme de Calder) et comme élément étranger lui tournant le dos. Il s'agissait de voir, ce jour-là, l'homme étendu yeux fermés sur les planches pour le comprendre.

La sélection du réputé duo de commissaires, Gilles Daigneault et Nicolas Mavrikakis, n'en est donc pas qu'une de cabanes à visiter, encore moins d'architectures follement grandes. Aganetha Dyck et Chih-Chien Wang ont placé leurs oeuvres au sommet des arbres, la porte au ras du sol de Catherine Bolduc ne s'ouvre pas, alors que La Vague et l'Océan de Marion Gault n'est qu'une fenêtre. Fenêtre sur le monde, remarquez, c'est déjà ça.

S'il y a une chose à laquelle Artefact nous a habituée depuis 2001, c'est qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Une expo de sculpture? Voilà que Diane Borsato et Caroline Hayeur y vont de photos, Trevor Gould d'aquarelles...

Bien sûr, il ne faut pas s'en tenir qu'au premier degré. Réputée pour flirter habilement avec la photo documentaire depuis sa lointaine série sur les raves, Hayeur aborde le thème par le biais de la critique sociale. Son «refuge de la modernité» rapproche Montréal et Shanghai, deux sites d'exposition universelle dont la réorganisation urbaine s'est faite sur le dos des plus marginaux. Sans doute l'oeuvre la plus incisive du lot.

Ils sont plusieurs à politiser ainsi, indirectement: Borsato avec un regard sur la masculinisation de l'architecture, Gould sur la «disneylisation» du monde, et même Martha Townsend. Reste que la solution de celle-ci, un miroir réfléchissant tourné vers le ciel, a des airs de déjà-vu.

La construction avec quatre murs et toit, mais pas nécessairement, est également présente. Et diversifiée. On peut y entrer, façon immersion picturale et évanescente de Marie-Claude Bouthillier ou façon Mathieu Lefèvre, qui ose confronter grand art et ignorance généralisée. Ou ne pas y entrer, comme devant les vitres de Samuel Roy-Bois ou la porte de Catherine Bolduc. Deux oeuvres opposées: la structure verticale, nue, du premier, en apparence banale, dérange; Le Bout du monde de la deuxième se livre en conte pour enfants. Les grands enfants en quête d'âme soeur doivent, eux, chercher Pentagone de Mathieu Beauséjour, un labyrinthe propice aux rencontres secrètes.

Avec ses vingt «pavillons» disséminés autour de la station de métro, la troisième halte d'Artefact reprend le moule des précédents volets (canal de Lachine en 2001, mont Royal en 2004). Circuit pédestre, lieu clé de Montréal fréquenté... Et surtout l'occupation discrète d'une oasis de verdure. Artefact s'est visiblement abonné aux lieux champêtres en ville, qu'il n'ose surtout pas altérer.

Les pique-niqueurs et les badauds, les visiteurs de La Ronde ou de la Biosphère ne seront pas importunés. Au pis, ils frôlent des images ou mangent à l'ombre d'une étrange structure aérienne. Mais... les ont-ils remarquées? Se sont-ils rendu compte que le comptoir laitier du terrible BGL est envahi de mouches? À la sortie du métro, cette installation aurait pourtant été un méchant coup de pub...

Collaborateur du Devoir