Jeff Wall au MoMA

New York — Jusqu'au 14 mai, le Museum of Modern Art de New York (MoMA) présente une rétrospective du photographe canadien Jeff Wall. Figure marquante de l'art actuel, Wall s'affirme, à la fin des années 1970, par un minutieux travail de mise en scène. Ses photographies en couleurs, généralement des grands formats, se présentent sous la forme de caissons lumineux. Ce procédé de rétro-éclairage, qui présente sa photographie dans une boîte fixée au mur, contribue à entretenir la confusion des genres entre art et publicité. Mais derrière cet illusoire effet de facilité induit par cet art même, on découvre une pratique artistique sémantiquement riche et complexe qui cumule les niveaux de lecture et les références.

Théoricien autant que praticien — il a fait des études en histoire de l'art à l'UBC et au Courtauld Institute de Londres —, Wall s'inspire de l'histoire de l'art, en particulier de la tradition de la peinture occidentale, pour élaborer une imagerie personnelle où les références au passé nourrissent une réflexion postmoderne sur l'homme et la société contemporaine. Manet, Vélasquez et Delacroix sont au nombre des grands maîtres qui l'inspirent. L'une des plus anciennes oeuvres de l'exposition, The Destroyed Room (1978), puise à la fois dans la culture punk de l'époque, dans l'art de la vitrine qui prévalait alors autant que dans La Mort de Sardanapale d'Eugène Delacroix (1827) pour insuffler l'agressivité et le sentiment de vengeance qui se dégagent de cette composition.

Depuis le début des années 1990, Wall a su mettre à profit le montage par ordinateur et la numérisation pour composer des images de plus en plus vastes et de plus en plus complexes et ainsi redéfinir, dans la continuité, son style autant que ses sujets. Dans A Sudden Gust of Wind (1993), il revisite la composition inventée par Katsushika Hokusai dans une des célèbres estampes de la série des Trente-six vues du mont Fudgi (1831-35) et compose un paysage où cohabitent admirablement les effets de mouvement et de suspension du temps. Tels d'immenses tableaux, les photographies de Wall affirment leur plasticité et irradient l'espace, s'imposant au visiteur par leur présence physique autant que par le questionnement qu'elles suscitent.

Cette capacité de l'artiste à se nourrir du passé et du présent pour composer des oeuvres narratives proches parentes du cinéma s'inscrit en filigrane comme un leitmotiv récurrent, depuis trois décennies. La rétrospective du MoMA permet de constater à quel point, oeuvre après oeuvre, année après année, Wall a su s'imposer comme l'un des grands artistes de sa génération.

Après la grande rétrospective présentée au Schaulager de Bâle en 2005 (qui présentait quelque 74 oeuvres), c'est donc au tour des Américains de découvrir in extenso cet artiste vancouvérois grâce à cette exposition tout en sobriété. Si vous n'avez pas la chance de faire un saut à New York dans les prochaines semaines, sachez que l'exposition sera en tournée à Chicago (Arts Institute of Chicago, du 30 juin au 23 septembre) puis au San Francisco Museum of Modern Art (du 27 octobre au 27 janvier 2008).

Collaboratrice au Devoir

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