Exposition - Prendre mille et une brosses à l'UQAM

Brosse à ongles, brosse à dents, brosse à vêtements, à miettes, sans oublier l’inévitable brosse à chiottes, l’instrument à récurer est exposé au Centre de design de l’UQAM. Photo: Marc Schwartz
Photo: Brosse à ongles, brosse à dents, brosse à vêtements, à miettes, sans oublier l’inévitable brosse à chiottes, l’instrument à récurer est exposé au Centre de design de l’UQAM. Photo: Marc Schwartz

De la première brosse à dents à la triviale brosse à soulier, du balai chinois au fin pinceau japonais, le centre de design de l'UQAM nous brosse à compter de demain un portrait singulier d'une civilisation malade de la propreté. On y déploie, déclinées en 2225 variations, des brosses venues du monde entier qui n'ont désormais plus rien à cirer, sinon notre curiosité. Poil au nez.

On doit cette drôle d'exposition hirsute aux collectionneurs Daniel Rozensztroch, Shiri Slavin et leurs acolytes, qui nous avaient déjà accroché l'oeil il y a deux ans avec l'exposition de 400 cintres venant du monde entier. Encore une fois, on propose d'aborder le monde du design de façon ludique par le biais de l'outil le plus banal et universel qui soit: la brosse, sous toutes ses variations, artisanale ou raffinée, du XVIIIe siècle à nos jours.

Si les balais les plus primitifs remontent à la nuit des temps, l'exposition nous apprend que l'obsession de la brosse est assez récente chez les primates que nous sommes. Le métier de brossier a fait son apparition en 1486 en France, mais ce n'est qu'au XIXe siècle que la manie hygiénique a porté la brosse à son apogée, avec l'arrivée en trombe de la salle de bains dans nos vies.

Brosse à ongles, brosse à dents (inventée en 1780), brosse à vêtements, à miettes, sans oublier l'inévitable brosse à chiottes, l'instrument à récurer est exposé sous toutes ses facettes, modeste en branches ou en bambou, ou d'un raffinement sublime dans ses habits d'os sculpté, de Bakélite, d'ivoire ou d'argent. Aux côtés de toute cette armada frotteuse, on retrouve d'autres porteurs de poils plus nobles, dont de fins blaireaux, des ramasses-miettes très classe de l'époque Napoléon III et de fins pinceaux à calligraphie en soie.

Mais l'ère du poil de nylon, breveté en 1938, des plastiques thermoformables et des électroménagers de tout acabit sonneront le déclin de ladite brosse artisanale, fabriquée main, et donnera le coup d'envoi à la production de masse, souvent made in China, dans une déclinaison de coloris et de formes plus kitsch et loufoques les uns que les autres.

Bien qu'on retrouve certains classiques, comme la brosse à dents fuselée de Philippe Stark, les brosses à légumes signés Alessi, la collection est d'abord un condensé d'objets fignolés par de brillants inconnus.

«Cette expo parle de la vie des gens, donc du design anonyme. Ce qui est remarquable, c'est l'inventivité et la diversité des objets exposés qui nous permettent une exploration culturelle par le biais d'une banale activité quotidienne», explique Georges Labrecque, chargé de projet au Centre de design de l'UQAM.

On découvre que la brosse n'est affaire de poils que de ce côté-ci du monde, puisque du continent noir et d'Asie nous provient une myriade de balayettes traditionnelles faites tantôt de paille, tantôt de sisal, de bambou, de fibres de coco, ou de sorgho, rappelant les balais ancestraux de branchage ou de joncs.

Cette diversité ménagère s'accompagne aussi d'une profusion de mots inventés pour décrire avec précision ces brosses multiples, dont les coquets «araignoirs» (pour les araignées!), «escouvettes» ou «vergettes».

Les brosses étant souvent jetées aux ordures une fois leur vile tâche terminée, en récolter des milliers de brosses a nécessité un considérable effort de fouille de la part de leurs salvateurs. «Ces brosses constituent un inventaire personnel et singulier. ll ne s'agit pas d'être exhaustif, mais de donner à voir autrement ce patrimoine sentimental et esthétique. Derrière le commun des brosses se cachent des trésors de fantaisie et d'invention», expliquait Daniel Rozensztroch, lors de la première exposition consacrée à sa collection à Paris l'an dernier.

Brosse se tient au Centre de design de l'UQAM du 1er mars au 8 avril, du mercredi au dimanche, de midi à 18 heures. Le samedi

3 mars, lors de l'événement «Venez prendre une brosse», les mordus pourront admirer une installation réalisée par des étudiants avec 1000 brosses ou repartir avec le livre Brosse, publié aux Éditions Pointed Leaf Press, où défilent en 256 pages les plus belles pièces de la collection.

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