Expositions - Enthousiasme et feux blêmes

À la fois irradiantes et contemplatives, les peintures de François Vincent ressemblent à autant de feux blêmes. Elles jouent sur la «présence-absence» pour nous communiquer un sentiment à la fois mélancolique et profondément évocateur. On pense à Morandi par sa façon de donner l'impression de saisir une vie secrète. Cet artiste est l'une des références de François Vincent.

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FRANÇOIS VINCENT
Galerie Simon Blais
Jusqu'au 10 mars
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Après une période caractérisée par des figurines en équilibre précaire, Vincent évacue la représentation humaine au profit de formes minérales sur fond d'étranges plages lumineuses.

La plupart de ces oeuvres sont peintes sur un support de panneau à la gouache traitée au vinyle. Cette technique permet à l'artiste de donner pleine mesure aux couleurs qu'il affectionne dans un registre de tonalités subtiles. Souvent, deux partitions se distribuent à la surface de la toile. Les sections, comme partagées, semblent faire se télescoper des univers différents à la recherche de points de rencontre. Cette articulation renforce le pouvoir de suggestion et de narration de ces tableaux dont les ressorts se déploient en une spirale mystérieuse. La disposition instaure un dialogue incertain, une suggestion de choix entre deux voies, deux issues. Nous sommes forcés de réinventer devant ces mondes flottants qui nous sont proposés, nos propres référents, nos propres orientations.

LISE BOISSEAU

Galerie d'art d'Outremont

Jusqu'au 4 mars

Abstraite, la peinture de Lise Boisseau se développe selon des règles précises. Chaque toile correspond à un programme bien défini. Il peut s'agir de faire tenir différents types de perspective sur une même surface. Pour une autre toile, elle s'est donné comme mot d'ordre de diversifier les outils et les manipulations du médium. Ailleurs, Lise Boisseau a décidé d'inclure des caches ou des couleurs qui se mélangent sur la toile. Le résultat est beaucoup mieux que ce que l'on pourrait croire. Ces exercices n'ont rien de scolaire. À l'opposé, ils sont à cent lieues d'une attitude «réductionniste» plus dogmatique qui émanerait tout droit de la peinture des années 70, avec Ryman, Support-Surface ou Stella, issue pourtant d'une même conception avant tout instrumentale. Le choix d'un programme vise au contraire à faire de la peinture une rencontre possible entre différents états paradoxaux. Les moyens matériels dont dispose l'artiste s'entrecroisent sur plusieurs strates dont l'une serait la technique, une autre l'histoire même de l'abstraction, une autre encore ses propres choix plastiques et son «écriture» de prédilection. Tout cela afin de dégager, un peu par défi, beaucoup par jeu, de nouveaux territoires, tandis que l'évidence de ce travail se lit bien sûr davantage dans la distance ludique que dans les notions de sublime ou d'urgence qui apparaissent à cet égard déclassées. Félicitations donc, Lise Boisseau, pour vos programmes!

ENTHUSIASM NEIL CUMINGS ET MARISIA LEWANDOWSKA

Galerie Liane & Dany Taran

Jusqu'au 1er avril

Fascinante mais exigeante, cette présentation puise parmi des fonds d'archives. Elle se veut une anthologie choisie par ces artistes parmi les films issus des clubs de cinéma de la Pologne socialiste. Les films datent du début des années 60 jusqu'au milieu des années 80. Ils ont été regroupés dans trois salles de projection selon trois séances d'une heure chacun avec pour thèmes l'amour, le travail, le désir.

Érotisme, retrouvailles d'anciens amants; manifestations «Peace and Love»; chronique familiale douce-amère; valse-hésitation des rencontres amoureuses; instants de solitude; chroniques parfois acerbes des travaux et des jours; corruption, pollution... Le style filmique se fait carrément expérimental, ailleurs dénonciateur ou s'inspire du réalisme documentariste. Ces témoignages ont pour dénominateur commun l'enthousiasme, titre de l'expo en une trajectoire parfois absente de bien des lieux d'art ou des démarche d'artistes subventionnés à tire-larigot.

Même au sein d'un système oppressant comme celui de la Pologne du rideau de fer, la création, et la pulsion de liberté qui l'accompagne, s'insère au coeur du quotidien, avec comme volonté de le subvertir par de telles pratiques non instrumentalisées. L'analyse des situationnistes ou de sociologues tels Bourdieu ou Michel de Cerceau n'aurait certes pas renié ce regard. Ici, l'accent sur une implication personnelle et de réelles convictions dans la valeur de l'art se fait manifeste quand on sait qu'Enthusiasm est l'une des dernières expositions d'art contemporain montées au Centre Saydie Bronfman. Cette exposition est une coproduction du Centre d'art contemporain de Varsovie; de la Whitechapel Gallery de Londres; du KunstWerke de Berlin et de la Fundacio Antoni Tàpies de Barcelone.

Collaborateur du Devoir

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