Zéro gravité

Avec le projet Gravicells, Sota Ichikawa et Seiko Mikami ont conçu un univers dans lequel les visiteurs sont conviés à une distorsion de l’espace.
Photo: Avec le projet Gravicells, Sota Ichikawa et Seiko Mikami ont conçu un univers dans lequel les visiteurs sont conviés à une distorsion de l’espace.

C'est à une expérience étrange que nous convie le Mois Multi à Québec. Créée par un duo de Japonais formé de l'artiste Seiko Mikami et de l'architecte Sota Ichikawa, l'oeuvre cherche à redéfinir notre rapport à l'espace. «Même si on ne s'en rend pas compte, nous sommes soumis en permanence à la force de la gravitation, remarque Seiko Mikami. L'idée derrière Gravicells est de questionner cette force.»

Québec — Pour y parvenir, les concepteurs ont imaginé un environnement offrant une toute nouvelle perception des corps et de la gravité. À l'aide de projections vidéo, d'ambiances sonores et de lumières à diodes (LED), ils ont conçu un univers dans lequel les visiteurs sont conviés à expérimenter une distorsion de l'espace.

«Le plancher de l'oeuvre est fait de plusieurs centaines de tuiles qui captent la pression», décrit Sota Ichikawa. En marchant, les gens enclenchent une série de réactions qui métamorphosent en temps réel les projections, le son et la lumière. Il en résulte une toute nouvelle perception de la dynamique des corps. Comme si on assistait à la dissolution de la gravité.»

Pour que l'installation ne vive pas en vase clos, les créateurs ont éprouvé le besoin d'inclure un écho extérieur à l'ensemble. «On a relié nos ordinateurs au système GPS, indique Ichikawa. Sur la terre, il n'y pas de haut ni de bas. Il y a le centre et l'extérieur. La force de gravité est cette force qui nous tire vers le centre. Les satellites nous permettent d'évoluer à une échelle beaucoup plus grande et de jouer avec cette force.»

En début de semaine, au moment de l'entretien, il était encore trop tôt pour plonger dans cette installation. Grâce à des vidéos, on pouvait cependant avoir un avant-goût de l'aspect envoûtant de l'oeuvre. «Visuellement, on a souvent comparé notre univers aux jardins de pierres japonais, confie Seiko Mikami. Ce n'était pas notre intention mais la comparaison nous plaît.»

Effectivement, on y retrouve le même type de lignes que celles tracées dans le sable de ces jardins. Chaque pas des marcheurs occasionne une sorte de distorsion, comme si la matière se transformait en fluide. «Il faut que les gens explorent, jouent avec Gravicells, poursuit Seiko Mikami. À Rotterdam, un visiteur a fait du break dancing au centre de l'oeuvre. C'était fascinant de voir un type tourner sur la tête dans cette installation qui déforme la gravité!»

Un week-end chargé

Avec Gravicells, le Mois Multi marque un grand coup. Après plusieurs diffusions en Europe et au Japon, c'est la première fois que l'oeuvre est présentée en Amérique. Mais ce n'est pas tout. Le MM, qui entame sa troisième semaine, poursuit la présentation des ses «attractions étranges».

Toujours dans le volet des installations, le Sonic Bed de Kaffe Matthews fait tourner bien des têtes. Il faut dire que le projet est séduisant. La Britannique a conçu un immense lit de bois dans lequel elle a enfoui une série de haut-parleurs. Bien couché sur des coussins, on est littéralement enveloppé dans la vibration des ondes sonores. Pour avoir parlé avec quelqu'un qui en sortait, il semble que l'expérience soit fabuleuse...

Ce week-end, on pourra également découvrir les Cubes à sons de Catherine Béchard et Sabin Hudon et la Cabina Obscura du Montréalais John Blouin.

Remplir les vides

Question d'insuffler une dimension théorique et scolaire au Mois Multi, Avatar présente aujourd'hui un colloque sur les arts électroniques. Intitulée «Métamédia», cette série de cinq conférences cherche à questionner les limites de l'oeuvre d'art à l'heure du tout-numérique. On y abordera les enjeux des droits d'auteur dans le domaine des arts électroniques ainsi que l'évolution du rôle de l'artiste face à «l'oeuvre-logiciel».

En soirée, on présentera L'Effet orignal, une performance audio signée Jocelyn Robert, Philippe Pasquier et Jérôme Joy. On profitera également de l'occasion pour lancer un album intitulé Covers.

L'idée derrière le projet fait sourire. On a demandé à dix artistes de choisir une chanson pop. Chacun d'eux devait composer une piste audio pour toutes les pièces sélectionnées. Au final, on a assemblé les nouvelles pistes en retirant le moule qu'était la chanson originale.

Comme le faisait remarquer à juste titre le relationniste de l'événement: «C'est un pied de nez à l'industrie. Si on ne peut pas légalement réutiliser les créations des autres, on peut certainement utiliser leurs vides et les remplir!»

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Le Mois Multi

Complexe Méduse

Jusqu'au 7 mars

www.moismulti.org

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo