35e anniversaire de la Banque d'oeuvres d'art - 18 000 achats plus tard...

Ce sera la fête comme en 1972, et Donna Balkan, la très respectable directrice des communications du Conseil des arts du Canada (CAC), annonce fièrement ses couleurs. «Je vais me déguiser en militante hippy, dit-elle. Je vais porter un t-shirt de Che Guevara...»

Le CAC organise un mégaparty ce soir, à Ottawa, pour fêter son 35e anniversaire de création et sa prospérité retrouvée depuis le début de la décennie. On y attend quelque 700 invités et la consigne leur demande donc de s'y présenter vêtus comme à la délicieuse époque des Séguin ou de Joni Mitchell. On a hâte de voir le choix de costume de Beverly Oda, ministre du Patrimoine canadien...

La Banque compte maintenant environ 18 000 oeuvres en tout genre — peintures, sculptures, gravures ou photos — signées par près de 3000 artistes canadiens. Toutes sont offertes à la location par des organismes gouvernementaux ou des entreprises privées. Les coûts annuels varient de 120 $ à 3600 $ la pièce.

Ottawa a fourni un million par année pendant cinq ans à l'organisme à partir de 1972, espérant le voir ensuite autofinancer ses activités. Le choix du premier directeur de ne pas «faire de la décoration intérieure pour le compte du gouvernement» et de favoriser des oeuvres plus ou moins adaptées à la location, comme de grandes installations, n'a pas facilité la popularité de la collection. Rapidement, le contrôle de la Banque est passée au Conseil des arts. Dans les années 1980, l'acheteur massif est devenu le plus important acteur du marché de l'art canadien contemporain.

La caverne aux trésors a connu une grave crise au milieu de la dernière décennie, en même temps que le Conseil des arts. La restructuration a permis de nettoyer la collection des oeuvres difficilement exposables en les transférant dans certains musées canadiens, d'imposer un moratoire sur les achats, de réduire les dépenses et d'élargir le bassin potentiel des emprunteurs.

La directrice, Victoria Henry, nommée en 1999, a réussi le pari de rentabiliser les activités de la Banque. Elle y est parvenue en deux ans et a permis la reprise des acquisitions, à coup d'une cinquantaine par année. L'ensemble accumulé depuis 35 ans vaut plus de 60 millions. On y retrouve encore d'innombrables oeuvres qui n'ont strictement rien à voir avec la «décoration intérieure», comme le rappelle le livre L'Art au travail, tout frais produit par Mme Henry et ses collaborateurs.

«La restructuration nous a permis de repenser notre rôle», résume la conseillère de la Banque, Louise Pellan. Elle observe que les emprunteurs de Montréal s'avèrent globalement moins nombreux et plus conservateurs que ceux de Toronto. «Mais justement, la Banque joue aussi un rôle pédagogique, poursuit-elle. Elle ouvre en quelque sorte les yeux des clients.»

Le modèle canadien a aussi fait des petits dans le monde. L'Australie et la Norvège ont un programme semblable. L'Inde, le Japon et Singapour étudient la possibilité de l'imiter.