Démesure baroque

Fernando Botero, Femme tombant d’un balcon, pastel, 1994. Collection particulière.
Photo: Fernando Botero, Femme tombant d’un balcon, pastel, 1994. Collection particulière.

Québec — Décidément, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBA) s'abonne aux grands coups! Après le succès monstre de De Caillebotte à Picasso (près de 110 000 visiteurs en trois mois), l'exposition L'Univers baroque de Fernando Botero se profile déjà comme un des moments forts de l'année dans les musées du pays.

Le directeur général du MNBA, John R. Porter, était tout sourire en présentant la première rétrospective consacrée au maître en sol canadien. L'Univers baroque de Fernando Botero, créée par Art Services International sous les judicieux conseils du conservateur John Sillevis, propose une incursion fascinante dans le monde de l'artiste. «Botero a construit sa propre vision du baroque. Son univers est sans limite. On sent la sensualité, le mystère et le suspense dans toutes ses oeuvres. Son style est unique et reconnaissable, tout ce qu'il touche devient un Botero», expliquait le conservateur devant une version particulièrement saisissante de l'infante Margarita inspirée des Ménines de Vélasquez.

On découvre, dans les deux salles qui lui sont consacrées, la force d'évocation de l'artiste, dont on connaît surtout les portraits de femmes surdimensionnées. «Je suis connu comme le peintre des femmes grosses; c'est le prix que j'ai dû payer pour ma célébrité. Mais ce n'est pas ça. Je ne suis pas le peintre des gros. Il s'agit plutôt d'exalter la vie par le volume», confiait Botero au Devoir il y a quelques semaines.

La centaine d'oeuvres montrées à Québec comblent le peintre, pour qui l'exposition propose une vision totale de son travail. Dès les premiers pas, le visiteur est transporté par les couleurs vives, la richesse picturale et la dimension des tableaux. La démarche de Botero est illustrée par un découpage à la fois thématique et historique. On y aborde ses sujets de prédilection que sont les portraits, les natures mortes, la violence, la religion et la corrida, tout en prenant soin de décrire les grandes étapes de l'évolution de son style.

L'exposition présente également les différents médiums chers à l'artiste. La majorité des oeuvres sont réalisées à l'huile, mais on peut en outre admirer des pastels, des dessins et quelques splendides bronzes, dont trois des sculptures monumentales qui ont fait sa renommée autour du globe.

Malgré ses 75 ans qui approchent, l'artiste demeure extrêmement productif. D'ailleurs, la plupart des oeuvres présentées à Québec ont été conçues au cours des dix dernières années. Comme le confiait au Devoir sa femme, l'artiste Sophia Vari, Fernando Botero est un travailleur insatiable. «On se met à la tâche tous les jours de la semaine. En fait, les vernissages et les entrevues à la chaîne sont beaucoup plus épuisants que la création. Quand on aime ce qu'on fait, on ne se fatigue pas!»

Collaborateur du Devoir

- L'Univers baroque de Fernando Botero, au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu'au 22 avril 2007.

- Le Devoir publiera samedi une entrevue réalisée à New York avec le peintre Fernando Botero.