Expositions - Corps à corps médiatique

Vous l'avez peut-être remarqué, sinon sachez que l'événement Corps+Machine s'étend graduellement dans la ville (dans quatre de ses institutions, faudrait-il dire). Il s'agit d'une initiative du Groupe d'orientation en didactique des arts médiatiques de l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQAM. En soi, il y aurait un colloque à organiser sur la portée de ces acronymes, surtout le premier — visez l'affaire, c'est le GODAM (!) de l'EAVM qui organise l'événement —, mais sachez que le corps de cette heureuse initiative est essentiellement un corps enseignant et que la dimension de cette aventure, à laquelle est associé le Centre Turbine (un regroupement d'artistes, de pédagogues et d'enseignants qui visent à créer des liens entre les milieux culturel et scolaire), est pédagogique.

Corps+Machine


Galerie de l'UQAM


10 mai au 15 juin


Centre de diffusion de la maîtrise en arts visuels (UQAM)


15 mai au 8 juin


Centre des sciences de Montréal


23 mai au 26 août


Musée d'art contemporain de Montréal


25 mai au 16 juin


Corps+Machine est présenté à juste titre comme un «véritable croisement d'art, de technologie et de pédagogie». Le projet a commencé il y a peu et se poursuivra jusqu'en août. Des expositions, des activités pédagogiques, la participation d'artistes en arts médiatiques, des conférenciers, des enseignants, des élèves du primaire et du secondaire comme du collégial et de l'université: tout ce beau monde et toutes ces belles manifestations forment le corps et la machine de cet événement hautement louable.


Pour l'instant, deux volets sont ouverts, celui de la galerie de l'UQAM et, non loin de là, celui du Centre de diffusion de la maîtrise en arts visuels. Dans ces lieux, des oeuvres déjà exposées ailleurs pour la plupart sont en quelque sorte jumelées à des bricolages, des installations et des bandes vidéo produits par des étudiants allant du primaire à l'université. Mis à part la qualité de certaines oeuvres, tant des professionnels que des étudiants, c'est d'ailleurs là le principal intérêt de l'initiative que de coupler les niveaux scolaires, de mettre les étudiants en contact avec la création contemporaine en arts visuels et de les mettre au diapason des thématiques que sont l'hybridation du corps, son extension par la machine, sur le corps supporté par des prothèses, sur le corps diffusé à travers les médias électroniques, etc. En cela, l'exposition, du moins les volets présentés à l'UQAM en ce moment, touche visiblement sa cible.





Discours parasité


Il faudra jeter un coup d'oeil notamment à la bande de Philippe Godbout (collège François-Xavier Garneau), This Is What We've Expected Him To Do, And Now Here He Is, qui reprend le discours du 11 septembre de George W. Bush en le parasitant avec des icônes de l'américanité, grâce à une recherche iconographique soutenue et un montage relativement serré, surtout lors de la finale. Les casques de L'Altérateur cérébral (école secondaire Cardinal, Concordia, UQAM) ne sont pas mal non plus, branchés sur votre cerveau et sur l'ordinateur qui diffuse des informations didactiques sur le cerveau, ses zones et ses défaillances. Une panoplie de prothèses fabriquées par les étudiants de l'école Jacques-Rousseau, portées par les étudiants pour les besoins de photographies diffusées sur un ordinateur, retiennent l'attention également et témoignent d'une belle compréhension de problématiques développées dans d'autres productions, celles des professionnels.


Du côté des artistes professionnels, on retient les propositions de François Morelli, des chapeaux poursuivis dans l'espace par des toiles faites de broches, le matériau de prédilection de l'artiste et que Morelli a déjà porté pour fins de performance. Aussi, une pièce revue et augmentée de Jean Dubois, Syntonie, nécessitant une manipulation du spectateur sur un écran digital, qui diffuse un autoportait de l'artiste qui, de la main, suit chacun de nos gestes. Selon un mode d'interaction assez recherché (qui prend en compte nos déplacements mais aussi leur vitesse, le temps d'attente, etc.), la pièce offre des scénarios plus ou moins fouillés selon notre degré de curiosité. Une des pièces les plus pertinentes de l'ensemble est celle d'Alain Pelletier, id., déjà vue l'an dernier au Musée d'art contemporain de Montréal et qui vient dramatiser la proposition de l'exposition. Un corps lumineux est projeté sur une cage de verre contenant des organes d'origine animale. À remarquer également la pièce de Patric Lacasse, qui par des moyens simples — un miroir, une bande vidéo, des casques écouteurs — vient diffracter le corps et la manière qu'il a de percevoir son environnement.


L'aventure est des plus vertueuses. Cela dit, l'accrochage de l'exposition dans la galerie de l'UQAM est moins réussi. Entre les oeuvres et les projets des étudiants, on sent bien que des patentés existent, mais rien n'est dit sur les relations entre les professionnels et les étudiants. Les premiers ont-ils visité les seconds? Les oeuvres sont-elles jumelées entre elles? Il y a bien un site Internet qui donne toutes sortes de renseignements (www.corps.machine.uqam.ca), mais pas à ce sujet. Aussi, il faut savoir que l'oeuvre de Lyne Hugues n'est pas dans la galerie de l'UQAM mais dans le centre de diffusion de la maîtrise de l'endroit, avec d'autres travaux d'étudiants; mais cela n'est pas dit. Des détails? Pourtant, cette information permettrait de mieux évaluer la dimension la plus importante de ce projet, à savoir son caractère éducatif, sa manière d'éveiller la créativité. C'est cela que le visiteur cherchera sans doute à comprendre en arrivant dans ce circuit en fin de parcours.


De plus, l'événement devrait être resserré. Celui-ci a beau être disparate et tentaculaire, il manque des données pour en saisir, à même le parcours de l'exposition et entre chacune des expositions qui n'ouvrent pas à la même date (je sais, coordonner des lieux aussi importants est difficile, voire impossible, mais cette disparité a tout de même des effets qui n'aident pas à assurer une unité à l'ensemble), pour en saisir, donc, toute la portée.


Certes, il faut attendre de voir les autres volets pour évaluer la portée de cette initiative du GODAM. Les volets du Centre des sciences de Montréal et du Musée d'art contemporain de Montréal ouvrent en cours de semaine. Aussi, les 7 et 8 juin, un colloque important, intitulé «Corporéalité et fictions posthumaines», est tenu au MAI (3680, rue Jeanne-Mance). La soirée du 7 propose un programme vidéo, le lendemain donnera lieu au colloque. Ces activités complémentaires entre elles pourront certainement permettre de souder l'ensemble.