Le marché de l'art sur les stéroïdes

Le marché mondial de l'art explose. Mais les prix de vente sur lesquels repose ce bourgeonnement effréné reflètent-ils la réalité?

La maison Christie a vu ses ventes d'art moderne et impressionniste bondir de 82 % et celles d'art contemporain et d'après-guerre croître de 30 % cette année, indique le site de Bloomberg. Les recettes totales de 1,26 milliard $US pour les oeuvres d'art moderne et impressionniste comprennent le Portrait d'Adèle Bloch Bauer I (1907) de Gustave Klimt, cédé pour 87,9 millions $US. Chez Sotheby, c'est une hausse de 36 % qu'on enregistre pour l'ensemble des ventes des 11 premiers mois de 2006.

Depuis quelques années, les records de prix de vente se succèdent à quelques semaines d'intervalle alors qu'auparavant, il fallait des années pour relever le défi, note The Art Newspaper. Le journal rappelle l'escalade de 2006. Il y eut d'abord l'autre fameux Portrait d'Adèle Bloch Bauer I (1907) de Klimt, vendu de manière privée pour 135 millions $US au propriétaire de la galerie new-yorkaise Neue en juin, puis la vente (finalement annulée par Steve Wynn, propriétaire de complexes hôteliers à Las Vegas) du Rêve de Picasso (1932) à 139 millions $US, en octobre. Ce fut ensuite au tour du Jackson Pollock No 5, 1948, de s'envoler au prix pas si léger de 140 millions $US. La transaction, révélée par The New York Times, a été rapidement suivie d'une autre, tout aussi éclatante: celle de Woman III de Willem de Kooning (1952-53) pour la modique somme de 137,5 millions $US.

Mais peut-on vraiment se fier à ces prix divulgués alors que les transactions privées reposent souvent sur des ententes secrètes?, demande The Art Newspaper. Les rumeurs, souvent les seules sources d'information sur les ventes privées avec les scoops de journalistes, ont dit de la transaction du Klimt à 135 millions qu'elle avait été annoncée en grande pompe juste avant une exposition qui comptait quatre autres Klimt, par la suite mis aux enchères chez Christie. Joli coup de promotion. Comment acquiescer à la somme de la vente du Pollock révélé par le New York Times quand l'acheteur, identifié par le même quotidien, a nié, par l'entremise de ses avocats, être l'auteur de la transaction?

Du côté des encans, le problème se pose aussi, même si les chiffres sont rendus publics de façon officielle. The Art Newspaper souligne que les maisons garantissent de plus en plus souvent les oeuvres mises aux enchères. Ainsi, une pièce adjugée à deux millions mais garantie à 2,5 millions — prix finalement versé au vendeur — masque une fois de plus la valeur réelle de l'oeuvre. Ces distorsions font de l'évaluation du marché mondial de l'art une tâche impossible.

Pendant que le marché international gonfle artificiellement, le marché canadien serait plutôt sous-évalué. Il y a quelques mois, un collectionneur de Vancouver indiquait au Globe and Mail que les meilleures oeuvres d'Emily Carr pouvaient valoir jusqu'à 700 000 $, un prix encore très abordable comparativement à ceux des peintres américains.